Déjà une semaine que le CEDEAO rendait publique, sa feuille de route, élaborée pour une sortie de crise au Togo. Déjà connu des acteurs politiques et de l’opinion nationale et internationale, l’on pensait à une entame rapide des recommandations contenues dans ce document. Mais tout semble dire que l’exercice qu’est cette feuille de route semble plus compliqué à manœuvrer que prévu pour le pouvoir de Lomé.

Aux premières heures de l’officialisation de la feuille de route élaborée par les chefs d’Etat et de gouvernement de la sous-région pour une sortie de crise apaisée au Togo, plusieurs étaient les réactions, majoritairement celles satisfaisantes. Toutefois, une analyse approfondie de la situation nous a amené à titrer, à la manchette de notre parution de la semaine dernière, «Des points de blocage en vue».

Si certains semblent nous passer pour des oiseaux de mauvais augure, la succession des événements tend à nous conforter dans notre analyse. Car, déjà une semaine de consommée, mais rien n’a bougé au niveau de l’exécutif togolais pour donner corps à ces différentes recommandations qui, si tenues dans le temps, devront déboucher sur l’organisation des législatives le 20 décembre 2018.

Paradoxe saisissant

En effet, c’est un secret de polichinelle que depuis le début de la crise sociopolitique qui secoue le Togo depuis le 19 août 2017, le gouvernement togolais a toujours brandit les élections, notamment les législatives comme la seule alternative pour arriver à une sortie véritable de crise. Ce que rejetait systématiquement l’opposition qui opposait un refus catégorique, réclamant avant toute élection, les réformes institutionnelles et constitutionnelles. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, force est de constater que le même pouvoir qui, hier, ne jurait que par les élections, se trouve aujourd’hui titubant.

Une aventure périlleuse pour le pouvoir

Voilà donc une raison de taille qui prouve combien est délicate, la situation actuelle du pouvoir de Lomé qui, de à voir l’esprit des recommandations, se voit accompagné inexorablement vers la sortie par la Cedeao qui, contrairement au passé, joue cette fois-ci un jeu assez clair avec méthode et finesse. Autrement, avec une refonte complète et profonde du fichier électoral, la limitation à deux, des mandats présidentiels, les élections à deux tours et la recomposition de la Cour Constitutionnelle assortie de limitation de mandat pour ses membres, le pouvoir se voit indirectement enjoint d’introduire un nouveau texte mais cette fois plus inclusif et plus acceptable que celui qui a été expressément soumis en septembre 2017 et qui, on le sait, n’a fait qu’aggraver la crise.

Le pouvoir de Faure Gnassingbé se trouve aujourd’hui dans un traquenard silencieux où on risque de ramener à chaque fois devant la Cedeao cette crise que lui doyen des chefs d’Etat n’arrive toujours pas à résoudre juste parce que cela pose au fond la question de l’alternance aisément partagée depuis des lustres dans tous les pays de l’espace communautaire.

Qui plus est, il est à souligner que le facilitateur ghanéen est lui-même arrivé à la tête de son pays après avoir remporté la lutte pour un fichier électoral assaini. Cela dit il ne saurait rester insensible à la C14 quand elle criera à des problèmes sur le fichier électoral en vue. En effet, si Nana Akuffo Addo a eu hier besoin de l’appui des autorités togolaises pour empêcher les flux d’électeurs venant du Togo pour faire basculer le vote dans le volta-région en faveur de ses adversaires de la Ndc, le leader de la Npp a commencé aujourd’hui par prendre des mesures pour réparer les tords qui ont toujours frustré les populations de cette partie du Ghana. Une façon pour lui de ne plus être obligé de recourir aux services du pouvoir cinquantenaire de Lomé.

De l’autre côté, la guinéen a déjà eu à afficher ses réserves contre les pratiques du pouvoir togolais depuis la mission exploratoire du 27 Juin. En somme le pouvoir risque aujourd’hui de payer le prix de l’usure pour une question que l’opposition n’a de cesse brandit depuis des années.

La séance de recadrage qui réunira aujourd’hui la Commission de la CEDEAO et les acteurs dans la crise, permettra certainement de dégager clairement les modalités d’exécution du chantier.

Cyrille Pessewu

Source : Fraternité