La question de la candidature de Faure Gnassingbé à l’élection présidentielle de 2020 ne se pose peut-être pas encore. L’heure est pour l’instant à la recherche de solutions de sortie de crise. Mais personne n’est dupe, une sortie pacifique de crise est intimement liée aux choix de Faure Gnassingbé par rapport à cette échéance. Cette décision n’engage pas que le destin du peuple togolais assoiffé d’alternance, mais aussi le sort de son parti le RPT/UNIR. Et il nous revient qu’au sein du parti, des cadres commencent à prendre conscience du danger et à réfléchir…

Faure toujours à la quête d’un 4e mandat

Il n’a jamais fait mystère de ses ambitions de briguer un 4e mandat au pouvoir, après le 3e acquis en 2015, déjà une exception dans une sous-région plutôt fertile à l’alternance depuis plusieurs années. C’est d’ailleurs l’obsession de ce 4e mandat au pouvoir qui a attisé la crise. On devrait penser qu’au regard du désir d’alternance suffisamment exprimé par le peuple togolais, de la détermination des populations à l’arracher, des résultats des différents sondages d’opinion qui mettent en exergue cette aspiration profonde, de l’impopularité de ses desseins obscurs, de la tendance dans l’espace ouest-africain…il allait renoncer de soi à cette ambition nuisible à la démocratie. Mais non. L’homme est toujours resté collé ce projet « démocraticide » et a enclenché une sorte d’opération séduction à l’endroit de ses pairs.
On soupçonnait déjà sa fameuse visite d’amitié et de travail qui l’a conduit au Nigeria le vendredi 29 juin, accompagné de ses plus fidèles lieutenants : Payadowa Boukpessi, Yark Damehame et Barry Moussa Barqué. Ce déplacement devrait être vraiment crucial pour qu’il se fasse accompagner de ses hommes de confiance. D’autres indiscrétions font état de ce que l’audience à Katsina avec le Président Muhammadu Buhari aurait été fortement « négociée » et démarchée (sic)…

« Dans les normes, c’est aux autres chefs d’Etat de venir voir le Président de la CEDEAO. Mais ici, c’est le Président de la CEDEAO qui va vers un chef d’Etat, fût-il du Nigeria, soi-disant pour l’inviter aux sommets CEDEAO-CEEAC et CEDEAO à Lomé les 30 et 31 juillet prochains. C’est louche », glose une source pour relever la curiosité de cette visite. Elle fait état de ce que, loin des motivations officielles avancées, le Prince serait allé « quémander un 4e mandat » auprès du plus farouche opposant à ce dessein dans les rangs des dirigeants ouest-africains. Selon les indiscrétions, il aurait fait croire à son interlocuteur qu’il a opéré les réformes, et de requérir son indulgence sur son projet de 4e mandat. Et ce dernier lui aurait servi un proverbe, histoire de le ramener à la raison…

Même motivation cachée de la visite à Abidjan chez Alassane Ouattara. Ici, l’enjeu était de requérir l’intervention du Président ivoirien auprès d’Emmanuel Macron dont il est proche, pour jouer l’intermédiaire ou plutôt le démarcheur d’audience à l’Elysée et requérir aussi son indulgence sur son ambition de 4e mandat…

Le RPT/UNIR à la croisée des chemins

Les recommandations de la CEDEAO pour une sortie de crise au Togo sont attendues au prochain sommet annoncé sur le 31 juillet prochain. Encore quelques semaines d’attente et on sera servi. Mais on le sait, ce sont deux scénarii qui sont envisagés ou proposés, et ils tournent autour de la candidature ou non de Faure Gnassingbé à l’élection présidentielle en 2020 pour un 4e mandat au pouvoir. Dans les rangs des dirigeants ouest-africains, on souhaite, au nom de l’alternance et de la paix au Togo, de la stabilité et de l’avancée de la démocratie dans l’espace CEDEAO, qu’il ne s’y présente pas, mais surtout qu’il le décide en son âme et conscience et l’annonce lui-même. Mais le Prince fait de la résistance. Un euphémisme pour ne pas dire que l’homme ne compte aucunement renoncer à se présenter en 2020. Mais à quel prix ?

Faure Gnassingbé qui brigue un 4e mandat au pouvoir, ce sera envers et contre tous. D’abord contre les aspirations légitimes du peuple togolais à l’alternance, mais aussi et surtout contre les prescriptions de ses pairs de la CEDEAO. Ce faisant, il engagerait aussi le destin de son propre parti, le RPT/UNIR. « Il sortirait par la grande porte s’il renonce à candidater en 2020. Dans ce cas, il désigne un dauphin lui-même ou bien donne l’opportunité à son parti de choisir un candidat. Là, le régime aura encore toutes les cartes en main (…). Mais si Faure tient à se présenter, la condition serait que l’élection sera organisée par la communauté internationale. Et là, il y a risque pour lui et son parti de perdre tout (…) », analyse un observateur avisé.

L’équation se schématise ainsi : égo de Faure Gnassingbé contre destin du RPT/UNIR. Le parti choisira-t-il de se noyer avec lui ou cherchera-t-il à lui survivre ? C’est en ces termes que se pose la question. Ce danger qui guette la survie du parti, des cadres en sont conscients. Même si personne n’ose rendre public le débat et tous font semblant d’être solidaires avec leur patron assoiffé de pouvoir et prêt à plonger tout un peuple pour asseoir ses desseins, faire basculer le pays dans des lendemains incertains, des réflexions sont tout de même menées dans des cercles fermés. « Ne soyez pas dupes, des gens réfléchissent à tous ces scénarii. Ca ne se fait pas au grand marché. Vous savez, ces genres d’initiatives peuvent être vécues comme une trahison. Ces réflexions se font dans des cercles fermés, à l’abri des regards indiscrets… », nous confie une source, qui s’est gardée d’être prolixe. Les jours, semaines ou mois à venir nous situeront.

Tino Kossi

Source : Liberté No.2709 du Mardi 10 Juillet 2018