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Le 22 décembre, l’Assemblée nationale votait une loi autorisant, en cas de viol, d’inceste et quand la vie de la femme est menacée, l’interruption volontaire de grossesse. Cela a provoqué le tollé dans le camp de l’Eglise catholique apostolique et romaine dont les principaux responsables sont allés, le mois dernier, rendre visite à Faure Gnassingbé pour lui dire leur mécontentement et leur souhait de voir cette loi abrogée.
L’ire des tenants de l’Eglise romaine au Togo est tellement forte qu’ils se sont fendus de condamnations dans le N° 131 de leur revue Présence Chrétienne. Dans le numéro suivant, ils l’ont encore remis à travers une longue dénonciation virulente de l’abbé Marc Lakasi qui a dit tout et n’importe quoi, un patchwork de philosophie, de credo catholique et d’afrocentrisme pathétique qui peut pousser le lecteur, catholique ou non, à croire que pour la deuxième fois dans l’histoire du christianisme, on est en train de clouer Jésus Christ.Que nenni ! Il va falloir cette fois dire la vérité aux responsables de l’Eglise romaine au Togo.
Tout d’abord, où étaient-ils quand les députés togolais, dont certains sont des chrétiens pratiquants, votaient la loi sur la santé de reproduction ? La vie appartient à ce qui se lève tôt, et l’histoire se fiche pas mal, disait Arthur Koestler, que l’on se ronge les ongles. En tant qu’institution religieuse et membre puissant de la société civile, il importait que l’Eglise eût quand même son propre réseau pour influer sur le fonctionnement des institutions de l’Etat. Si cela était possible, cette loi sur l’IVG ne serait pas votée, et Mgr Philippe Fanoko Kpodzro et ses auxiliaires ne joueraient pas aux pompiers de service en allant demander à Faure Gnassingbé d’abroger une loi votée par son parti majoritaire à l’Assemblée.
Ce lièvre étant levé, venons au long libelle de l’abbé Marc Lakasi dans lequel il s’égosille à faire entendre que la loi votée est non seulement inique, inhumaine, raciste et pour couronner le tout, démoniaque.
Pour l’Abbé Lakasi, il n’est pas indispensable de soulager la jeune fille ou la femme victime du viol ou d’inceste en pratiquant l’IVG, car «l’avortement a toujours laissé des séquelles mortifères au responsable de cet acte». Ici, c’est comme dans le Malade imaginaire de Molière, c’est le remède qui tue le malade. Mais passons, ne cherchons pas une mauvaise querelle à l’Abbé Lakasi !
Ensuite, attardons nous un peu sur la deuxième partie de son argumentaire en ce qui concerne l’alinéa de la loi qui autorise l’IVG lorsque «la poursuite de la grossesse met en danger la vie et la santé de la femme enceinte ou lorsqu’il existe une forte probabilité que l’enfant soit atteint d’une affection d’une particulière gravité». L’abbé «rétorque immédiatement que la grossesse n’a point été un problème pour aucune femme africaine authentique [c’est nous qui soulignons]».
Au fait, que veut dire ce galimatias « femme africaine authentique » qui n’a jamais eu de problème de santé de reproduction? En quoi alors a-t-elle été un problème pour la femme blanche ou jaune ? Ou bien l’Abbé engoncé dans ces certitudes de village, voudrait-il parler de la robustesse physique de la femme africaine, ce caractère que le blanc avait déniché pour envoyer, avec la complicité des potentats locaux, des millions de Noirs en esclavage ? Qu’est-ce cette théorie raciale et raciste ?
Décidément, l’Eglise catholique ne finira jamais de nous étonner. Après avoir nié les lois de Copernic et de Galilée, brûlé Giordano Bruno sur le bûcher, en voilà une autre aberration qui veut établir une fausse vérité sur le passé de l’Afrique. N’est-ce pas la médécine moderne importée d’Europe qui a libéré les femmes africaines des risques graves de l’enfantement et de la mort ?
Enfin, répondons franchement à l’abbé Lakasi. Cette timide loi votée par l’Assemblée constitue une évolution notable dans la politique de la santé de reproduction. Car elle va réparer de nombreuses injustices dans notre société où les rapports de force sont en faveur des hommes. Que l’abbé se dirige vers les Ong de femmes togolaises pour constater la longue liste de femmes et jeunes filles violées impunément et qui mettent au monde des enfants qu’elles n’ont pas désirés et qu’elles sont obligées de supporter et d’aimer. Au nom de quelle obligation morale et de quelle loi divine la société des hommes impose ce triste sort à la femme ? Que l’Abbé fasse un détour à l’ONG GF2D et constate par lui-même l’état décadent de notre société où des maris sans scrupule violent leur propre femme, où des membres de cette nouvelle bourgeoisie sans scrupules, injustement enrichie, s’abonnent au « marchés des pucelles!
Non, monsieur l’Abbé, on n’a pas besoin de suivre des études au séminaire pour comprendre que cette loi agit dans le sens de la libération de la femme assujettie par des siècles de phallocentrisme. La femme togolaise que vous êtes mieux placée pour savoir qu’elle continue à souffrir en dépit de quarante années d’indépendance, notamment dans les hameaux, du sud-est Maritime et du Nord, à vivre une sorte de servage des temps primitifs au nom de pratiques traditionnelles que l’Eglise malheureusement n’a pas contribuées à éliminer.
Et puis de quoi, je me mêle, monsieur Abbé Lakasi Marc ? On parle ici de choses que vous autres régiments de la religion romaine ne pouvez comprendre; puisque vous avez fait vœu de chasteté et qu’il vous est interdit, à vous et les religieuses de connaître des plaisirs de la vie, comment pouvez vous comprendre les complexités de cette affaire?
N’empêche, rassurez-vous, l’IVG n’englobe pas certaines pratiques, qui, elles, sont poursuivies par la loi. Il s’agit de ces avortements faits clandestinement ça et là par des cabinets reconnus qui opèrent et s’enrichissent au vu et au su de vous, qui sont légion dans vos églises mais que vous ne sanctionnez pas. Ces gens-là, la loi les condamne et vous devrez plutôt mobiliser l’Eglise et l’Etat à lutter contre ces meurtres souterrains. Et sachez, Monsieur l’Abbé, qu’il y a également des prêtres qui font partie de ces cas-là, eux qui passent outre leurs vœux de chasteté pour entretenir des relations sexuelles avec des filles et refusent d’assumer les conséquences de leurs actes.
Finalement, je crois Monsieur l’Abbé que l’Eglise catholique, apostolique et romaine est mal placée pour nous faire la morale en avançant comme argument la protection de la vie. Car l’histoire a montré le contraire. Le massacre des Albigeois, l’Inquisition, l’esclavage des Noirs, l’holocauste des juifs et le génocide des Tutsi rwandais démontrent combien de fois l’Eglise peut, au nom de je-ne-sais-quoi, refuser de protéger la vie. En fait d’arguments, je vous renvoie d’aller mieux vous pourvoir!
Avril 2007
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