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Depuis la publication du rapport d’audit de la participation des Eperviers du Togo à la dernière Coupe d’Afrique des Nations de Football Total Gabon 2017, que de commentaires ! Environ 600,5 millions de francs CFA n’ont pas été justifiés, ou disons que les données de l’utilisation de ces fonds sont introuvables. Dans l’opinion, presque toutes les consciences sont choquées. Et pour cause. L’auditeur, le cabinet IIC qui est chargé de situer l’opinion sur la gestion des fonds de la CAN, aura eu toutes les difficultés pour rassembler les preuves justificatives des dépenses effectuées. Il finira par lâcher le morceau après plusieurs mois de retard accusé dans la publication dudit rapport. « Au vu de toutes les insuffisances significatives constatées par l’auditeur sur la gestion des fonds des activités préparatoires notamment, il ne peut attester que les comptes de la CAN 2017 sont exacts. Il ne peut donc les certifier sincères », conclut le cabinet de Madame Bitho Nathalie. Comme lors de la CAN 2013 où le déficit tourne autour de 628 millions de francs CFA, cette année, les traces de 600 millions 488 mille 616 francs CFA n’ont pas été retrouvées. Les lignes qui vont suivre, sont les fruits de longues semaines de questionnements, de plusieurs journalistes sportifs et d’investigations. Elles montreront comment des citoyens se sont organisés, avec la complicité des officiels, pour escroquer l’Etat. Précisons que nos investigations sont antérieures à la publication du rapport d’audit du cabinet IIC, même si ce dernier a précipité les choses. Nous décidons donc ce jour, de rendre publique une première partie, qui concerne la commande et la livraison des vestes pour 85 personnes de la délégation officielle, et aussi de matériels pour les supporters.

Enquête menée par Ferdinand AYITE, Eric GATO, Maxime DOMEGNI avec la collaboration de toute l’équipe de L’Alternative.
Tableau des offres des sociétés prestataires

ONE : OFFRE NON EXHAUSTIVE OE : OFFRE EXHAUSTIVE
Les Coupes d’Afrique des Nations de Football se suivent et se ressemblent presque pour les Eperviers du Togo, et malheureusement, les acteurs en charge de la manne financière se rendent coupables aussi des mêmes légèretés et manipulations de deniers publics : surfacturations, dépenses injustifiées, retro commissions, faux et usage de faux en écriture avec la participation active de plusieurs sociétés écrans, bref des comportements qui puent la corruption…et qui émeuvent très peu au plus haut sommet de l’Etat.

C’est à moins d’un mois de la compétition que le gouvernement togolais a décidé finalement de mettre en place des commissions chargées de préparer au mieux la campagne africaine des Eperviers du Togo. Quatre commissions avaient été créées à l’époque : la Commission ad’hoc de Supervision chapeautée par le ministre des Sports Guy Madjé Lorenzo, la Commission d’Organisation dirigée par le président de la Fédération togolaise de Football (FTF) le Colonel Guy Akpovi est chargée d’élaborer un plan de travail avec un chronogramme précis ; la Commission de Gestion des fonds avec à sa tête le ministre de l’Economie et des Finances Sani Yaya (NDLR : celui-ci n’aura presque jamais siégé, se faisant toujours représenter par un de ses agents, notamment le Directeur du contrôle financier) et enfin la Commission de Mobilisation de fonds qu’a dirigée Germain Meba, est chargée de l’organisation des actions publicitaires et de sponsoring.

A l’époque, le décret pris en conseil des ministres mentionnait que les personnalités choisies pour siéger dans les différents comités doivent « assurer les meilleures conditions de préparation aux Eperviers lors de la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations de football qui aura lieu au Gabon en Janvier 2017 ». Sauf que dans les réalités, le dégât est plus important, surtout au niveau de la fourniture vestimentaire pour la sélection nationale du Togo. Dans la conduite de cette investigation, tous les acteurs impliqués, du ministère à la Fédération jusqu’aux sociétés de prestations et bien d’autres ont été approchés pour donner leur version des faits.

Les fournitures v e s t i m e n t a i r e s officielles pour La Can Gabon 2017

Le premier élément qui a suscité la curiosité, c’est la tenue vestimentaire des joueurs lors de la cérémonie de remise des couleurs nationales à la Primature, le 12 janvier à la veille du départ pour Oyem (ville située à 370 km de Libreville, Gabon), le camp de base de la sélection nationale. Habituellement pour ces genres de cérémonies, comme s’était le cas en 2013, tous les joueurs sélectionnés pour la compétition ainsi que les membres du staff technique sont en costume cravate, tiré à quatre épingles. L’introduction de ce mode d’habillement, selon les autorités, est liée beaucoup plus à l’image de la sélection. Alors, pourquoi les Eperviers étaient-ils en leur tenue d’hôtel (maillot) plutôt qu’en costumes commandés à coût de millions de francs cfa et livrés la veille même de la cérémonie ? Les premiers renseignements évoquent aussi bien la qualité que la taille de la plupart des joueurs qui ne seraient pas conformes aux données transmises. Le staff technique, depuis Saly, ayant pourtant pris soins de communiquer dans les moindres détails, la taille de la
délégation qui était au Sénégal pour la mise au vert des Eperviers. « A Saly, j’ai fait venir un tailleur à mes frais, dès que le sujet a été évoqué, il (le tailleur) a pris la taille de toute la délégation. Et, on arrive à Lomé, presque personne n’arrive à porter les costumes », peste un membre du staff technique, un peu dépité.


Remise du drapeau aux Éperviers. Les vestes étaient introuvables


Au ministère de la Communication, de la Culture, des Sports et de la Formation civique (l’autorité contractante), on explique la situation : « Au moment où on passait la commande, la liste définitive des joueurs n’était pas encore arrêtée, ainsi que la liste complète de la délégation. Le facteur temps ne jouait pas aussi en notre faveur. Il faut aller vite. Néanmoins, on avait pris le soin de demander à la FTF (Fédération Togolaise de Football) de nous communiquer les tailles des joueurs et du staff… Nous avons passé la commande sans attendre, au risque de ne pas l’avoir avant le départ pour le Gabon ». L’autorité contractante confirme avoir reçu la réponse de la FTF seulement au moment où le prestataire attendait réceptionner la commande à l’aéroport.

Cette situation embarrassante de mélange de tailles a failli entamer l’ambiance retrouvée du groupe. Les joueurs ont, durant des heures, passé le temps à chercher les tailles correspondantes à leur aise. « Compte tenu du problème, des consignes avaient été données pour que dans la répartition, les joueurs, les membres du staff et certains membres de la Fédération soient privilégiés » renseigne en outre notre interlocuteur. A la fin, les kits ont été distribués à tous les membres de la délégation, 85 personnes au total selon les données de la FTF. Le kit comprend : un costume, deux chemises blanches, une cravate, un nœud papillon, une ceinture, une paire de chaussure, deux paires de chaussettes. Les autres membres de la délégation comme les supporters n’ont pas été oubliés. Des casquettes, des T-shirts et des polos ont été distribués. Les Togolais de la région centrale venus supporter leurs ambassadeurs, ainsi que les Gabonais désirant donner de la voix lors des rencontres des Eperviers ont été servis. Combien a pu coûter tout ce matériel ? Un matériel qui, au finish, n’a été porté par aucun joueur ou membre du staff parce que le kit n’était à la taille de personne. Quel gâchis !

Les couts du Matériel

Sur un budget total de 124 millions de F CFA, les fournitures vestimentaires officielles pour la Coupe d’Afrique des nations Gabon 2017 auront coûté à l’Etat togolais la bagatelle de 76 millions de FCFA. Dans son rapport, l’auditeur dit n’avoir pas retrouvé le reste de l’argent. C’est une autre paire de manches sur laquelle nous reviendrons. Concrètement, à quel prix le prestataire a-t-il livré la commande au ministère en charge des Sports qui a souhaité gérer lui-même ce volet de l’organisation ? La Commission d’Organisation mise en place à cet effet dit ne s’être jamais mêlée. Une frustration pour certains membres, qui l’expriment d’ailleurs à qui veut les entendre. « Si nous en sommes encore ici aujourd’hui à parler de cette affaire, c’est par la faute d’une seule personne… ».

Sans le nommer, notre interlocuteur nous oriente vers le ministère en charge des Sports. A notre question de savoir s’il pense que le ministre Guy Lorenzo a quelques chose à avoir là-dedans, sa réponse est vague, mais en même temps certaine. « De toutes les façons, c’est lui le président du Comité adhoc de Supervision », a-t-il répondu furtivement.

Dans le document auquel nous avons eu accès et que nous passons en fac-similé, le costume aura coûté 235.000 FCFA ; les chemises 50.000 FCFA l’unité (2) ; la cravate a coûté 20.000 FCFA; la ceinture 50.000 FCFA ; les paires de chaussettes 7000 FCFA l’unité (2) et la paire de chaussures aura coûté 140.000 FCFA. Le noeud papillon à 20 000 FCFA. 85 personnes, membres de la délégation sont concernées. Le rapport d’évaluation des offres mentionne aussi ces détails qui attirent notre attention. Précisons en outre que les tenues pour les supporters sont chiffrées à 29 millions FCFA. La quantité du matériel est importante : 1000 T-shirt, 1000 polos et 200 casquettes. Tout le monde a été servi, d’abord les deux groupes de supporters, ensuite des lots de matériels ont été donnés aux différentes institutions de la République, à certaines ambassades et enfin aux ministères. Le reste du matériel (la plus grande partie) a été acheminé au Gabon.

Comment et pourquoi at-on acheté une paire de chaussures à 140.000 FCFA pour les joueurs? Une ceinture à 50.000 FCFA, une chemise à 50.000 FCFA, un costume à 235.000 FCFA, le tout qui ne sera finalement porté par personne, à part certains membres de la délégation? Ce qui est curieux, le rapport d’audit du cabinet IIC n’a pas décelé de surfacturation et surtout la qualité douteuse de l’ensemble des produits. Selon une anecdote, le ministre Guy Lorenzo aurait brandi devant un interlocuteur un échantillon du tissu en déclarant que c’est le même que le chef de l’Etat utilise pour ses costumes. Le ministère en charge des Sports pouvait-il annuler l’appel d’offres s’il estime les coûts des soumissionnaires excessifs ? Pour comprendre, nous avons demandé l’avis d’un expert en passation de marché. « Quand aucun prestataire n’est conforme pour l’essentiel, on peut annuler la commande et la relancer. De même, quand les montants proposés dépassent le budget prévisionnel, dans le cas des travaux et fournitures où il n’est pas autorisé des négociations, on peut également annuler ». Dans le cas ici, le responsable des marchés publics du ministère de la Communication, de la Culture, des Sports et de la Formation civique renseigne que ceux qui ont travaillé sur le dossier (la Commission d’Evaluation), ont tenu compte du délai de livraison qui est un facteur qui fait varier le coût. « La même commande qui doit être livrée en deux semaines, un mois ou en trois mois, n’aura pas le même coût. Et quand vous regardez les coûts proposés, cette variable a été véritablement prise en compte par les prestataires », préciset-il Au ministère, dans ce dossier, le facteur temps a été toujours avancé pour justifier nombre d’actions. Dans une correspondance datée du 29 décembre 2016, sur instruction du ministre Guy Madjé Lorenzo, le responsable des marchés publics du ministère des Sports demandait à la Directrice nationale du contrôle des marchés publics l’autorisation de recourir à la procédure d’entente directe avec tous les prestataires dans le cadre de la participation des Eperviers à la CAN Gabon 2017. « La DNCMP ne trouve aucune objection à vous autoriser la procédure sollicitée », avait répondu Mme Kassah-Traoré juste le lendemain. Ce qui est curieux ici aussi, c’est que, sans l’aval de la direction nationale du contrôle des marchés publics, le ministère en charge des Sports avait déjà engagé la procédure d’appel d’offres restreint, un mois plus tôt. La procédure engagée, quatre sociétés spécialisées dans l’habillement ont été sélectionnées. Trois dossiers soumis par la FTF au ministère des Sports (PALMARES, RUSTICASA TOGO, Ets RICH FIL) et une quatrième société dont il est dit spécialisée dans l’habillement sportif, choisie cette fois par les services du ministère (FIRST VISION INTERNATIONAL).

Joint au téléphone, le Secrétaire général de la FTF, Pierre Lamadokou confirme l’envoi des trois sociétés à la commission. La précision ici, c’est que First Vision International, contrairement aux trois premières, n’a pas postulé. A la Commission de passation des marchés publics, on dit l’avoir mise au hasard (sic) dans le coup, parce que se trouvant dans la base de données des fournisseurs, afin de faire profiter l’Etat de l’avantage du jeu de la concurrence. C’est la règlementation en matière d’achat public qui l’exige, selon nos informations. Sauf qu’ici, ils sont déjà 3 prestataires (PALMARES, RUSTICASA TOGO, Ets RICH FIL.

La proposition de FIRST VISION INTERNATIONAL aurait dû être annulée. Ce qui n’a pas été le cas. Et à la fin, c’est cette société proposée par les services du ministère, qui remporte le marché. Curieux ! C’est en ce moment que nous avons décidé de comprendre.

FIRST VISION INTERNATIONAL : une société fantôme ? La réponse à cette question permettra de comprendre les dessous des cartes et tous les circuits de la magouille. Au début, plusieurs entités, que ce soit dans le monde des medias ou parmi les sportifs, soupçonnaient Sergio Sport, l’équipementier dont le nom est revenu dans le scandale de la CAN 2013 en Afrique du Sud. Mais est-ce bien à lui qu’appartient la société FIRST VISION INTERNATIONAL ?

Approché, le Secrétariat de la FTF dit ne rien savoir de cette société, « Moi je ne connais pas la société ; c’est dans le rapport d’audit que j’ai aussi découvert que c’est FIRST VISION IINTERNATIONAL qui a fourni les costumes », déclare Pierre Lamadokou le SG. « Nous (la plupart des responsables de la FTF), nous avons fait office du Comité d’Organisation, et c’est à nous de choisir les prestataires ; si c’est que les choses s’étaient faites normalement, nous devrions savoir à qui appartient cet établissement de fourniture d’habillement sportif. Tout s’est fait au niveau du ministère des Sports, donc il faut s’adresser aux services du ministre », nous a-t-il lancé, avec un sentiment de rancœur plus ou moins tenace difficile à avouer. « Il doit s’agir sûrement encore d’une société écran de Sergio », lance un confrère qui a requis l’anonymat, avant de conclure qu’en bon homme d’affaires (sic), il faut jouer sur tous les tableaux. Et je puis vous assurer qu’il sait bien le faire, renseigne-t-il. Il devrait bien connaitre l’homme. Mais jusqu’ici, rien ne nous renseigne sur le vrai propriétaire de FIRST VISION INTERNATIONAL.

Nous avons décidé de soumettre au téléphone une série de questions à Serge Bénissan sur son implication dans ce dossier scandaleux.
Nous vous appelons au sujet de la confection des vestes pour la participation des Eperviers à la CAN Gabon 2017. Quel est votre degré d’implication ?

Telle était notre première question. « Non au fait, moi je ne suis pas impliqué dans cette affaire. Parce que, c’est les gens de la Fédération qui sont en train de compliquer leurs vies à eux, selon moi. Parce que j’avais parlé de ce dossier avec le Président. Maintenant, il y avait eu un problème. Après, je me suis retiré de tout ce qui concerne la Fédération et la CAN, tout. Même pour aller à la CAN, le Président m’a appelé, ils m’ont réservé des billets, je ne suis pas allé. J’ai dit que je ne viens pas parce que je ne veux pas de problème. Maintenant, c’est eux-mêmes qui voulaient donner le truc à quelqu’un, d’accord ? Il y a plusieurs personnes qui ont envoyé le dossier finalement et le ministère a envoyé le truc au niveau de la PRMP pour un appel d’offres qui a été fait en bonne et due forme pour ceux qui ont déposé les dossiers. Et je pense que celui qui a été plus intéressant au niveau prix ou je ne sais pas quoi, le service qui gère ce truc a pris la décision. Donc comme j’en ai parlé avec le Président, je lui avais fait la proposition que je pouvais le faire, et vu qu’il y a eu des problèmes et je me suis retiré, ils veulent tout mettre sur moi
parce qu’ils veulent la tête du ministre et ils sont en train de faire des trucs. Je ne suis pas mêlé à ça. J’avais parlé avec le Président sur ce sujet. C’est moi qui ai été le voir pour lui dire si on fait ça, que je peux, parce qu’à la base avant d’avoir un magasin de sports, je ne faisais que de costumes et de chemises.

Quand je résidais en France, je venais à Lomé et je ne faisais que ça. A la base, je n’avais pas de magasin de sports. Quand j’ai vu que le marché des costumes et des chemises est saturé, c’est en ce moment que j’ai décidé d’ouvrir un magasin de sports. Même Kanal boutique de Modeste, le DG de Kanal Fm qui a ouvert une boutique, c’est moi qui l’ai aidé pratiquement à le faire. Quand je vivais en France et faisais ces trucs, il faisait partie de mes clients qui achetaient des costumes et des chemises. Comme je suis parti, il a continué. Donc c’est mon domaine à la base avant de rentrer dans le sport; c’est pour ça j’ai été proposé mes services. Comme le Président m’a dit non, j’ai compris après une discussion avec le Président leur position par rapport à moi, surtout ce qu’il aura à faire.

Donc j’ai compris que c’est mieux pour moi de me retirer de tout ce qui touche la CAN pour qu’ils ne trouvent pas des moyens de me salir ou de dire n’importe quoi. Donc, je me suis retiré.

Maintenant, ils ont envoyé les dossiers de ceux à qui ils veulent donner le truc. Le président m’a dit qu’il a un ami qui est en France et à qui il veut donner et qui a envoyé un truc. Je n’ai pas vu. Maintenant, ils sont sortis et ont recommencé et ils veulent nous chambouler tous.

Déjà, je ne suis pas à Lomé, je ne vais me mêler de leur truc. Ce truc-là, si tu veux vérifier, il faut s’adresser au ministère, ils vont dire exactement ce qu’ils ont fait Mais quand les trucs ont commencé après la CAN, je me suis renseigné, j’ai approché le ministère, notamment Franck Missité et le ministre même. Ils ont fait l’appel d’offres en bonne et due forme par rapport à ceux qui ont déposé le dossier. C’est le service de PRMP qui gère l’appel d’offres, qui a géré ce dossier et qui a attribué le marché », a-t-il répondu.

« Estce que c’est vous qui avez habillé les supporteurs ?», lui avons-nous demandé ensuite. Il répond : « Non, non, je n’ai rien fait. Si j’ai fait, j’allais mettre mon nom dedans. Tous mes trucs sont griffés Sergio. Même les T-shirts publicitaires, que ce soit à Togocel, Moov et autres, tout est griffé Sergio ».

Troisième question : «Nous avons appris un nom, FIRST VISION INTERNATIONAL, avez-vous une fois entendu parler de ça? « Oui, j’ai entendu parler. Ils ont parlé dans le dossier. Ce n’est pas moi. Moi, c’est Bensergio International ». « Vous connaissez quelqu’un de cette entreprise-là ?» « Non je ne connais personne », répond-il.

A la FTF, à Sergio Sport comme au ministère des Sports, personne n’a la moindre idée du propriétaire de la société FIRST VISION INTERNATIONAL.

Mais un indice non moins important intrigue. Dans le procès-verbal de constatation de livraison en date du 11 janvier 2017? La veille du retour de l’équipe à Lomé, dont la rédaction s’est procuré une copie, un nom apparait, celui de Dakpogan Boris, représentant du directeur de la société FIRST VISION INTERNATIONAL attributaire de la lettre de commande. Selon des sources concordantes, ce fameux Dakpogan Boris serait l’un des hommes de main de Serge Bénissan alias Sergio Sport. Pour comprendre cette nébuleuse et démêler le vrai du faux, nous avons consulté le registre du CFE (Centre de formalité des entreprises) pour avoir une idée précise du propriétaire de FIRST VISION INTERNATIONAL. Le registre nous renseigne que cette société enregistrée sous le numéro RCCM TG-LOM-2016 A 3901 est une entreprise appartenant à Mme Ahoomey-Zunu Adèle P.N.M. revendeuse demeurant à Lomé, quartier Tokoin
Dogbéavou.

Le siège de la société se trouve à Lomé sur le boulevard du 13 janvier à Nyekonakpoé. Le 24 novembre 2016, au terme d’un acte authentique, le fonds de commerce de FIRST VISION INTERNATIONAL a été cédé par Mme Ahoomey-Zunu Adèle à Monsieur Kpodar Adama Amenyo, mécanicien de son état domicilié à Lomé quartier Kpogan Agbavi. Nous avons joint M. Kpodar Adama Amenyo, nouveau propriétaire de la société pour savoir si c’est lui qui a livré les vestes. A la question de savoir si c’est lui le propriétaire de la société et s’il a livré des vestes aux Eperviers, voici sa réaction : « Oui, oui, c’est à moi l’entreprise. Je suis dans le milieu sportif, je suis un ancien joueur, j’ai eu échos et j’ai déposé les offres. J’ai livré les équipements. C’est mon entreprise, pourquoi vous voulez savoir tout ça ? Je suis un jeune entrepreneur. C’est ma première fois de postuler, je suis rentré dans le métier il n’y a pas longtemps. Je suis mécanicien. Je suis aussi dans le milieu sportif ». Où se trouve alors le siège de votre société ? Il répond : « Je travaille à la maison, vous pouvez me rappeler après, je suis avec quelques clients ».

Entre les déclarations de M. Kpodar Adama Amenyo et celle de la personne responsable des marchés publics du ministère des Sports, la contradiction est criarde, tout comme sur le siège de la société. Pourquoi Mme Ahoomey-Zunu Adèle at-elle subitement décidé de se débarrasser de son fonds de commerce alors qu’elle venait de gagner un appel d’offres de livraison des costumes aux Eperviers ? La cession de l’entreprise et la date d’évaluation et d’attribution sont presqu’à la même période. Nous avons cherché à connaitre davantage cette mystérieuse Ahoomey-Zunu Adèle. Plusieurs semaines d’investigation nous ont permis de savoir que Ahoomey-Zunu Adèle n’est que la tante, c’est-à-dire la petite sœur à la mère de Serge Benissan alias Sergio Sport. Et c’est d’ailleurs elle qui tient la boutique de Sergio Sport sur le boulevard du 13 janvier. Et pourtant Sergio Sport nous acertifié n’avoir jamais entendu parler de dame Ahoomey-Zunu Adèle qu’il appelle pourtant affectueusement « Tanty Adèle », tout comme son homme de main le fameux Dakpogan Boris. En tentant d’appeler le sieur Kpodar Adama Amenyo sur un autre numéro visible sur le quitus fiscal, une dame a décroché le téléphone. Nous avons cherché à parler à M. Kpodar, elle dit ne pas le connaître. Aussi curieux que cela puisse paraître, cette dame se trouve être Mme Ahoomey-Zunu Adèle, celle-là même qui aurait cédé son fonds de commerce à Monsieur Kpodar Adama Amenyo. Au vu de toutes ces informations, il apparait clairement que le choix de la société FIRST VISION INTERNATIONAL par le
ministère n’est un hasard.

Le ministre Guy Madjé Lorenzo à qui l’on prête des liaisons obscures avec Serge Bénissanalias Sergio Sport, savait que cette société écran appartenait bel et bien à Sergio Sport. Pour brouiller les pistes et ne pas apparaître comme le bénéficiaire de ce marché, Sergio Sport s’est arrangé pour que la société créée au nom de sa tante soit rapidement cédée à un autre faire-valoir, mécanicien de son état, qui, de ses propres aveux, est incapable de nous situer le siège de sa société A la lumière de tout ce qui précède, des versions de chacun des acteurs impliqués dans ce nouveau scandale aussi retentissant que les précédents, tout Togolais lucide peut se faire une idée de ceux qui se sont sucrés dans la commande des vestes. Au-delà des méthodes de voyou dignes de la mafia sicilienne avec des sociétés écrans aux imbrications obscures dignes d’une nébuleuse, c’est la gloutonnerie qui consiste à se faire beaucoup d’argent sur le dos de l’Etat en livrant des marchandises à des prix exorbitants qui choque la conscience. En parcourant le tableau des offres passées en fac-similé, on peut imaginer jusqu’où les gens peuvent aller dans leur entreprise de saignement des caisses de l’Etat avec la caution des officiels.

On comprend aussi mieux pourquoi autour du football, surtout des participations des Éperviers à la CAN, il y a autant d’acteurs, d’agitateurs, de « crisologues » de kleptomanes de tout acabit qui se livrent à une guerre sans merci. Renforcés dans leur entreprises macabres par l’impunité qui leur est assurée depuis le sommet de l’Etat du fait de leurs relations familiales avec certaines autorités ou de la complicité assurée de ces dernières qui prennent aussi leur part de rétro-commission, ils n’hésitent pas, sous le couvert des sociétés fictives, à rééditer à chaque participation des Éperviers à la CAN le même exploit de pillage pendant que leurs protecteurs dont certains sont directement liés à leurs familles déclament sur les médias que « personne ne garderait par devers lui un seul centime de nos francs ». Cette investigation conduite de mains de maîtres depuis des semaines par des journalistes chevronnées avec une très grande patience, a permis de situer un tant soit peu l’opinion sur une partie de la mafia qui se sucre sur le dos du football togolais. Il revient aux autorités qui clament partout leur volonté de lutter contre la corruption sous toutes ses formes, de prendre leurs responsabilités. Bon à suivre

L'Alternative


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