Togo : Manifestations de l'opposition les 13, 14 et 16 décembre 2017



FAURE GNASSINGBE DOIT PARTIR

EMMANUEL MACRON SUR LA CRISE TOGOLAISE "La conservation longue du pouvoir sans processus électoraux, sans cadre de pluralisme n'est pas une bonne chose"


Depuis 2006 si Faure avait appliqué l’APG, on ne serait pas cette crise


Alors que le président togolais Faure Gnassingbé vient d’annoncer, ce mardi, sa volonté d’instaurer un dialogue imminent entre lui et les membres de l’opposition, ces derniers rencontrent le président en exercice de l’Union Africaine Alpha Condé, à Paris, ces jours-ci, en vue de trouver une solution à la crise. Dans l’attente d’une issue positive qui mettrait fin à trois mois de violences, les togolais retiennent leur souffle.

La sortie de crise serait-elle pour bientôt ? C’est du moins l’ouverture de discussions que vient d’annoncer le président togolais, pour les prochains jours en ces termes : « pour dialoguer il faut être deux, ma seule voix ne suffit pas. Les tractations sont en cours. Je pense que d’ici à quelques semaines ce dialogue pourra s’ouvrir », a indiqué Faure Gnassingbé, en marge d’un déplacement à Abidjan, ce mardi 21 novembre 2017. De leur côté, les leaders de l’opposition sont actuellement à Paris pour rencontrer le président guinéen Alpha Condé, président en exercice de l’Union Africaine, après une première rencontre manquée le mois dernier. Les conditions d’une nouvelle initiative en faveur de la paix sont peut être en train de se mettre en place.

Militaire, je t’aime !

Samedi dernier, déjà, lors de la dernière journée des trois jours de manifestations organisées par l’opposition, à Lomé, les 16, 17 et 18 novembre 2017, des fleurs ont été distribué par les manifestants, venus nombreux, aux militaires togolais présents pour les encadrer. Cet acte symbolique, signe de paix et de fraternité, a été orchestré par « la Coalition des 14 » partis politiques de l’opposition, suite à la lecture d’une déclaration publique : « nous ne voulons pas qu’il y ait une méprise entre nous et l’armée. Nous voulons finir ce combat avec notre armée dans l’intérêt de tous. Nous voulons que l’armée togolaise se batte aussi avec nous » a déclaré Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson.

Puis, s’adressant aux militaires : « dans cette lutte héroïque, le peuple togolais, civil et militaire sans distinctions, constitue un ensemble indivisible. Nos douleurs sont les vôtre et vos problèmes sont les nôtres. La lutte en cours ne peut être celle des civils contre les militaires ni celles des militaires contre les civils. (…) Vous êtes nos frères et sœurs.(...) Nous comptons sur vous pour éviter les dérapages, l’agression de civils et les violations des droits de l’homme… », a-t-elle poursuivit tel un cri du coeur, émue et des roses à la main.

Soulèvements au Nord, bastions dit du pouvoir

Les populations des régions du Nord, longtemps considérées comme acquises au pouvoir en place, se soulèvent également pour réclamer les mêmes choses qu’au Sud - le retour à la Constitution de 1992, qui prévoit notamment la limitation à deux mandats - et le départ du fauteuil de chef d’état de l’actuel président. Fini le temps où le Togo semblait coupé en deux, entre le Sud soi-disant acquis à l’opposition et le Nord au pouvoir, le chef de l’opposition du Parti National Panafricain (PNP) Tikpi Atchadam étant lui-même du Nord du pays.

Pourtant, le régime semble mal digérer cet affront. Du fait de ce rejet, illustré par les nombreuses manifestations populaires, la répression armée y est plus sévère. En octobre dernier, c’est d’ailleurs à Sokodé, ville à 340 km de Lomé, qu’un imam, dit proche de Tikpi Atchadam, a été arrêté dans la nuit.

Les propos de Faure Gnassingbé, jugés belliqueux et irresponsables par l’opposition, lors de sa sortie au camp militaire de Témédja, le 9 novembre 2017 attestent que la tension est vive. S’adressant aux bérets rouges, il aurait déclaré « Ceux et celles qui organisent ces manifestations portent la lourde responsabilité des victimes que les participants ont faites (…). Ce fut le cas de cet enfant tué à Mango et à Sokodé. Ce fut également le cas de vos camarades, frères d’armes (…) décapités par un groupe d’individus préparés à cet effet. Les assassins des deux militaires tués sont activement recherchés et seront châtiés. Aujourd’hui, je suis avec vous pour vous renouveler ma confiance totale. Je sais pouvoir compter sur votre courage et votre sens du devoir pour relever tous les défis …  ».

La Coalition des Forces démocratiques a ainsi rappelé que, bien que l’interdiction de manifester ait été levé sur toute l’étendue du territoire, des manifestations ont été sauvagement réprimées le 6 et 7 novembre à Sokodé et à Bafilo. L’inquiétude de « la Coalition des 14 » dépeinte dans une déclaration préliminaire du 14 novembre 2017 se cristallise autour du fait que, selon elle, le président togolais dresse l’armée contre le peuple, attitude semant les germes de la division et de la haine. La déclaration cite également le Rwanda, le Soudan et la Centrafrique, « pays qui ont vécu les atrocités du génocide ».

Le problème militaire au Togo

Au sortir de la marche du 17 novembre 2017, un membre de l’opposition a évoqué le souhait de la levée de siège sur certaines villes du Nord et le respect du droit de manifester à Sokodé, Bafilo et Mango : « nous sommes très préoccupés. (…) Nous ne saurions tolérer qu’il est des sous-catégories de citoyens togolais  ». La préoccupation peut se comprendre, au vue de l’histoire violente de ce pays d’Afrique de l’Ouest, où les militaires ont toujours joué un rôle partisan.

Au Togo, l’armée est ethnicisée et instrumentalisée, au profit du pouvoir en place. Ainsi, loin de jouer son rôle républicain, elle a jusque-là suivi davantage le régime qui dirige le pays que les lois en vigueur. En 1963, le 1er coup d’état militaire des pays africains indépendants s’est perpétré sur son sol, par l’assassinat du père de l’indépendance et du premier président togolais, Sylvanus Olympio.

Puis, un nouveau coup d’état est intervenu quatre ans plus tard, en 1967, à la suite duquel le général Gnassingbé Eyadema s’installe durablement au pouvoir. Il meurt en 2005, après 38 ans au pouvoir. Là encore, l’armée intervient de nouveau pour installer son fils, Faure Gnassingbé, sur le fauteuil présidentiel, faisant au passage plus de 500 morts. Ce dernier exerce actuellement son 3e mandat à la tête du Togo. Les manifestants, eux, marchent depuis août 2017, pour notamment réclamer son départ.



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