Togo : Manifestations de l'opposition les 13, 14 et 16 décembre 2017



FAURE GNASSINGBE DOIT PARTIR

EMMANUEL MACRON SUR LA CRISE TOGOLAISE "La conservation longue du pouvoir sans processus électoraux, sans cadre de pluralisme n'est pas une bonne chose"


Depuis 2006 si Faure avait appliqué l’APG, on ne serait pas cette crise


Autant le soulèvement populaire burkinabè qui a fait partir Blaise Compaoré du pouvoir en 2014, était un test pour François Hollande, autant le Togo l’est pour son successeur Emmanuel Macron. « J’agirai envers l’Afrique loin des réseaux de connivence ». Cette phrase est de l’actuel président français. Il se prononçait ainsi sur les relations françafricaines quelques heures après son accession au pouvoir. Aujourd’hui sa réaction est attendue devant la soif d’alternance qu’expriment les Togolais en descendant dans les rues pour réclamer le retour à la Constitution de 1992 et non un référendum que le pouvoir planifierait en coulisse.

Les élections en Afrique revêtent aussi des enjeux économiques pour les puissances étrangères. Dans la fièvre de l’aspiration profonde des peuples, les multinationales font des calculs pour la préservation de leurs intérêts au détriment des populations. Au Togo, le groupe Bolloré, un des fleurons de l’économie française, qui développe un impérialisme économique, tel un appétit insatiable d’un squale sur les côtes africaines, est souvent présent dans les intrigues électorales. Il a réussi à faire partir le groupe Progosa du Port autonome de Lomé (PAL). C’était sur un coup de boutoir de Nicolas Sarkozy, ancien président français et ami de Vincent Bolloré que ce dernier est parvenu à arracher le juteux marché du PAL. Les intérêts économiques travestissent très souvent le destin des pays africains francophones. Et c’est un point non négligeable dans la situation actuelle au Togo.

Macron à l’épreuve au Togo

Durant son quinquennat, François Hollande n’a fait que continuer dans la suite de ses prédécesseurs (Charles de Gaulle, Georges Pompidou, François Mitterand, Jacques Chirac, etc. et c’est sous la présidence de ce dernier que Faure Gnassingbé a été imposé aux Togolais) en protégeant l’intérêt, sinon les intérêts français en Afrique et surtout dans les pays francophones. Cela dit, les multinationales (Total, Bolloré, France Telecom, etc.) françaises sont des leviers auxquels les gouvernements successifs de l’Hexagone s’attachent pour conforter leur position paternaliste à l’égard de leurs colonies d’Afrique et tailler le profil des présidentiables.Cet aspect économique qui caractérise aussi les relations diplomatiques entre la France et ses ex-colonies permet d’appréhender la tournure des évènements au Togo depuis la répression sanglante des manifestants du Parti national panafricain (PNP) le 19 août dernier. Le volet économique est non négligeable dans la suite que donnera la France à la mobilisation qu’exprime le peuple togolais. Dès lors, il apparaît judicieux de voir l’issue que réservera le chef d’Etat français Emmanuel Macron (le plus jeune des présidents qui incarne un renouveau dans la sphère politique française avec son mouvement La RépubliqueEn Marche) aux Togolais assoiffés d’alternance.

Sans doute, il fait face à un test grandeur nature dans sa gestion de la situation politique actuelle que traverse le Togo. Même si la crise intermittente que vit la Côte d’Ivoire avec les réclamations des mutins préoccupe Paris, Emmanuel Macron est beaucoup plus attendu face à un régime qui se singularise en Afrique de l’ouest par son refus obstiné de réaliser l’alternance au pouvoir en s’appuyant sur l’armée. Et les autorités togolaises ont toujours tablé sur une certaine stabilité (qui est en réalité factice) politique en jouant sur la préservation des multinationales françaises pour asseoir leur long règne sur un pays qui est devenu une curiosité dans la sous-région ouest africaine.

Cet argument dont se sont toujours servis Gnassingbé père et fils pour légitimer leurs coups de force électoraux, a de tout de temps amené l’Hexagone à « prendre acte » ou « légitimer » les élections frauduleuses, les répressions sanglantes qui caractérisent le long règne des Gnassingbé depuis le 13 janvier 1963. Une telle complaisance des présidents français à l’égard de Lomé 2 avait indigné Yawovi Agboyibo, ancien Premier ministre et président du Comité d’action pour le renouveau (CAR). Il s’était offusqué par rapport au fait que le Quai d’Orsay (Cellule Afrique de l’Elysée où se joue le sort des chefs d’Etat africains) cède à l’argument de préservation de la stabilité avec en toile de fond la sauvegarde des intérêts français, brandi par le parti au pouvoir pour couvrir en réalité ses forfaitures répétitives.Cet alibi derrière lequel s’adosse le régime cinquantenaire pour duper les autorités françaises n’est pas justifié car l’opposition, en accédant au pouvoir, saura faire la part des choses. Et c’est pourquoi l’actuel président français se doit de jouer sa crédibilité dans l’actualité politique togolaise en répondant aux aspirations du peuple togolais qui réclame le retour à la Constitution de 1992.

Le Conseil présidentiel pour l’Afrique, simple paravent ?

L’annonce paraît se démarquer des réseaux françafricains qui conservent des survivances dans les ex-colonies d’Afrique. Emmanuel Macron a créé le Conseil présidentiel pour l’Afrique pour, dit-on, évaluer la démocratie dans les pays francophones du continent noir. L’innovation semble une autre approche des relations entre la France et ses ex-colonies. Mais la démarche de celui qui incarne La République En Marche à l’Elysée ne devrait pas susciter un emballement. Elle impose prudence, car pouvant être un recyclage des vieilles méthodes qui ont enraciné des dictatures en Afrique, à l’image de celles du Togo, du Gabon, du Congo-Brazzaville, du Tchad, etc.

Emmanuel Macron doit jouer franc jeu. Autrement, s’il en vient à continuer dans les sillons pourris creusés par ses prédécesseurs et qui retardent les pays francophones d’Afrique par rapport aux ex-colonies anglaises, il noiera toute l’admiration que lui vouent les Togolais. Déjà, le long règne d’une seule famille, la coupure d’Internet, les procès politiques, le musèlement de la presse, sont des indicateurs qui traduisent que le pouvoir en place au Togo est anachronique face à la nouvelle donne de la fièvre de l’alternance qui a gagné presque tous les pays d’Afrique. Et ce sont autant d’éléments qui doivent fonder la démarche d’Emmanuel Macron en traduisant dans les faits la volonté du peuple togolais qui ploie sous une dynastie.

Tenter d’évaluer un régime politique tel que celui qui régente le Togo, serait une complaisance. Le pouvoir en place qui s’est toujours adossé à l’armée pour réprimer ses populations et les rapports de 2005 ont montré à suffisance qu’il n’est pas en phase avec la démocratie. Et c’est à juste raison que certains le qualifient de « démocraticide ». Aussi les formules « démocraties apaisées » dont certains politologues usent pour caresser les dictatures comme celle du Togo ne doivent-elles plus être des justificatifs pour accorder une troisième mi-temps à un pouvoir dont l’usure impacte négativement la vie des Togolais. Le chef de l’Etat français doit montrer qu’il va réellement agir au Togo « loin des réseaux françafricains ». Et cela s’entend de sa capacité à donner corps aux profondes aspirations des togolais qui veulent, à l’image de leurs voisins que sont le Bénin, le Ghana, le Burkina Faso, goûter à l’alternance au sommet de l’Etat. Et ils sont très mobilisés de partout dans le monde en disant à Faure Gnassingbé, «Enough ! Faure must go », autrement, « Trop c’est trop! Faure doit partir »
L'ALTERNATIVE


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