FAURE GNASSINGBE DOIT PARTIR

Depuis 2006 si Faure avait appliqué l’APG, on ne serait pas cette crise


A chaque pays ses hommes et son histoire, et puisque les jours se suivent sans se ressembler, les pages de l’histoire de notre pays refusent d’être analogues. La terre de nos aïeux, ce n’est pas seulement une histoire, mais c’est aussi des hommes. Toutes les figures qui ont rempli les pages de notre vécu sont rentrées chacun dans l’histoire avec sa vision de la chose publique. S’il a existé des ‘’fous’’ dans la Cour de Gnassingbé 1er, Séyi Memene en était un.

Dans la grande Cour de Lomé II où Gnassingbé Eyadema a tenu tout le monde au respect 38 ans durant, le général Memene était un des rares qui pouvaient élever la voix quand, devant la colère du locataire, toute la Cour observait un silence de cimetière, il pouvait ramer à contrecourant, donner des avis contraires. Est-ce pour avoir partagé, dès le jeune âge, le quotidien avec le Timonier par la faveur du métier des armes ? Ce fut de toute façon un Général qui dit ce qu’il pense et exécute ce qu’il croie juste pour que le pays soit vivable à tous. Dans une arène où les loups se mangent, ses prises de position, parfois difficilement conciliables avec ses responsabilités, lui ont valu une relation en dent de scie avec Lomé II. A une période où le régime cinquantenaire gère une difficile passe avec l’émergence du PNP de Tikpi Atchadam, au centre de toutes les conjectures, l’aventure entre ce Général Memene et la monarchie en place n’a pas encore dit son dernier mot.

Qui est Séyi Memene ?

Présentement Général à la retraite, il embrassait le métier des armes dès l’âge de 18 ans dans le compte du colon français en 1958. Il fera la connaissance d’Etienne Eyadema, sous le drapeau depuis 1953, au Niger par la faveur d’une affectation militaire. Entre un athlète imbattable, Eyadema et un footballeur-né, Memene, sur fond d’une citoyenneté partagée autour des couleurs nationales, c’est de tu à toi que les deux hommes ont bravé les risques sous les ordres de la métropole. Revenu au pays deux ans plus tôt avant son ami, Eyadema réussit le premier coup d’Etat que l’Afrique va enregistrer. Une fois au pays, Memene ne monnaie pas son soutien au Sergent putschiste à un moment où celui-ci en avait le plus besoins si on se rappelle que l’adversité avec des officiers, notamment de Koumeya, ne facilitait pas l’apprentissage du pouvoir. En 1973, Séyi Memene est admis en cours d’officier en France d’où il reviendra en 1976. Sous-lieutenant, il est nommé major de l’armée togolaise malgré des coopérants militaires français. Très tôt, il saura mériter son poste dans la gestion de l’administration de l’armée et du budget. Dès octobre 1982, il gère la douane qu’il quittera pour la sureté nationale trois ans plus tard.

Le 23 septembre 1986

Il était encore directeur de la police nationale quand survint l’attaque terroriste du 23 septembre 1986. Grâce à la complicité gagnante de valeureux officiers tels qu’Assi, Lawani Amouda et Sogoyou, le directeur de la sureté nationale infiltre les organisateurs de l’attaque qu’il finira par maîtriser le moment venu. Eyadema revient de loin, le régime est sauvé in extrémis. Dans une attaque où certains officiers ont préféré se cacher sous la force du feu, les officiers qui se sont distingués seront décorés, sur proposition de celui qui aura dirigé, de main de maître, cette contre-offensive face à une attaque venue du Ghana voisin. Alors qu’il était encore à la police après cet exploit, l’officier sera mis aux arrêts pour, dit-on, détournement dans une rocambolesque commande d’armes dont Memene et Eyadema mourront avec le secret. Ecroué en décembre 1989 il en sortira en 1991. Tous les appels de la conférence nationale souveraine à l’officier libéré pour qu’il témoigne contre le régime resteront sans suite. Il n’en faut pas plus pour convaincre Eyadema des qualités militaires de son camarade d’armes. Pour vider le stress da la détention, en 1991, Memene s’adonne à la CAF où il croit jouir d’une retraite tranquille en réhabilitant sa passion, le football. Mais malgré sa position de vice-président à la CAF, il est rappelé par le devoir.

La brigade rouge fait la pluie et le beau temps

Les crimes se perpétraient au nom d’Eyadema et souvent sans son avis. Enlèvement par ici, plastifications de maisons par la, braquages plus loin, tout était bon pour avilir l’image, déjà écornée, d’un président qui gérait, non sans peine, le violent vent de l’Est. 1991, Memene est renommé DG de la sureté nationale. Pour accepter le délicat poste en pleine insécurité, il pose ses conditions aux supposés parrains de la brigade rouge. Il les connaissait déjà, le tristement célèbre Narcice Djouwa Yoma, entre autres. A commencer par Djouwa, pris la main dans le sac dans l’assassinat et le vol d’une voiture d’un Togolo-Ivoirien, Memene neutralise la brigade rouge, qui échappait à Eyadema et menaçait de surcroit son pouvoir car géré par des officiers de confiance sans l’avis du baobab de Lomé II. Une épine de moins dans le pied de son ami. La sécurité nationale est restaurée, le Togo peut encore reprendre sa réputation de Suisse d’Afrique. Le régime était vent debout malgré les frondes d’une opposition qui avait de quoi donner de l’insomnie à Lomé II.

Election de 1998

Aucun pronostic ne vendait cher la survie du régime, Gil christ avait le vent en poupe. Alors qu’on s’attendait le moins, alors que de Lomé II au siège du RPT, les thuriféraires se consolaient avec des chiffres incertains, Séyi Memene, après la démission provoquée d’Awa Nana, sauve la barque en s’invitant à la TVT pour une véritable opération de force qui lui vaudra toutes les critiques du camp d’en face. Au siège du RPT, alors qu’il proclamait déjà ses résultats, certains barons encore actifs n’ont pas hésité à se demander « il a trouvé ça où ? ». Memene confisque le vote pour Eyadema, la vie reprend.

2005, Eyadema s’en est allé sans crier gare

Quelques années au paravent, l’officier supérieur avait demandé et obtenu sa retraite. Mais cela ne l’a pas empêché de reprendre du service du haut de sa tenue militaire pour imposer Faure Gnassingbé, avec d’autres généraux, malgré l’opposition de réseaux d’autres officiers. Après des échanges militaires sur fond de menaces, les officiers frondeurs, qui ne voulaient pas de monsieur Faure Gnassingbé, finiront par être réduits au silence. Memene est encore à l’avant-garde de ceux qui passent le pouvoir de père en fils malgré les Togolais : « aux âmes bien nées… ». Beaucoup de Togolais n’ont pas fini de digérer ce bout de phrase de celui que Faure appelait encore « Papa ». Levée de bouclier contre ce coup de force, c’est encore et toujours le Même Général qui prendra son bâton de pèlerin pour convertir les anciens réseaux d’Eyadema au profit de la naissante monarchie.

12 ans après, la gestion catastrophique a accouché d’un phénomène, Tikpi Atchadam

Personne n’a vu venir puisque le monsieur du PNP n’est pas un colosse, ni physiquement ni financièrement moins encore dans son palmarès politique. Effacé depuis le revirement du PDR, il a pris toute une vie pour observer et identifier les tares du pouvoir en place, il frappe au moment opportun. Même le redoutable laboratoire du régime cinquantenaire n’a rien pronostiqué de semblable. Aujourd’hui, celui qui semble être né pour les opérations de sauvetage du régime en place est au centre de toutes les accusations par rapport à l’irréversible montée du PNP. Atchadam est le cousin direct de Memene, ils ont le même oncle, c’est le crime de Memene. Au RPT-UNIR, ça ne se pardonne pas. L’occasion est toute offerte pour le cribler de toutes les accusations. C’est Memene qui a créé le PNP dans l’ombre, c’est un plan de longue date puisque c’est le même général qui avait recruté Atchadam comme secrétaire général de la préfecture de Tchaoudjo où il a fait ses premiers pas en politique. C’est Memene qui a choisi la couleur rouge au parti du cheval, c’est lui qui gère le parti de loin, c’est encore lui qui a choisi le colonel Ouro-Bang’na et Folibazi comme bras financiers du parti. Le professionnel des opérations à risque du RPT-UNIR est criblé de toute part. Le Général n’est plus au centre d’une simple calomnie d’un Colonel Agadazi qui ne supporte pas ses prises de positions sans équivoque aux côtés de la communauté tem, il est au centre de tous les projecteurs, même au plus haut sommet. Tout le monde suppose à tort ou à raison que c’est lui qui a la solution; il a vu venir, mais il n’a rien fait pour arrêter. On suppose qu’il est encore possible à Memene de prendre sa traditionnelle barque pour sortir sa famille politique des vagues de la déferlante rouge, peu importe s’il doit renier ses liens de sang avec un cousin.

Oui, ATS est évidement un cousin perdu pour Memene. Jeune étudiant, ATCHADAM se révèle à Memene quand il a commencé à publier les documents sur le territoire tem. Feu Eyadema le fit venir à Lomé II avec un autre compagnon dont Eyadema se débarrassera par la faveur d’une bourse d’étude à l’étranger. Atchadam refuse de quitter le pays. Il finit par être nommé SG de la préfecture de Tchaoudjo sous le préfet Eric Kpadé pour le compte du PDR dans le cadre de la cohabitation politique souhaitée par le vent de l’EST. Voici les premiers contacts entre le général et celui qui se révèlera son cousin. Aujourd’hui, toute la machine RPT-UNIR pense que c’est lui qui a nourri son cousin et il peut s’en débarrasser quand celui-ci devient une menace. Oui, c’est cela qui a nourri le régime, quand un membre de la famille s’affiche opposant, les frères de sang se réunissent pour le renier, pour le vilipender en apportant, de ce fait, un soutien sans faille au régime. C’est ainsi qu’est née la vilaine habitude qui veut que, quand quelqu’un tombe en disgrâce, il perd toutes ses relations au RPT et devient une personae non grata. Kpatcha Gnassingbé et BODJONA Pascal en savent quelque chose. En attendant qu’on nourrisse l’espoir d’obtenir de Memene une déclaration qui va renier tout lien de sang ou politique avec ATCHADAM, quitte à trouver à ce dernier une nouvelle nationalité, le général est étiqueté. « Œuvre de tan de jours en un jour effacée », tout ce qu’il aurait fait pour que le RPT-UNIR traverse monts et vallées, est vite oublié. A moins qu’il brise le silence au profit de ceux qui sont nés pour diriger les autres, sans doute que d’ici peu, un dispositif sera mis autour de lui pour recenser ceux qui le visitent et qu’il visite. C’est vrai, A.T.S, Atchadam Tikpi Salifou, est cousin à Memene. Si rien n’a pu séparer le lien de Koffi Yamgnan avec ses frères officiers bassar quand celui-ci menaçait politiquement le régime, aucune démarche politique ne peut changer le lien de sang entre Memene et Atchadam. Les gens ont vraiment la mémoire courte, le même Memene qui est aujourd’hui cousin de ATS, était aussi le neveu directe de Zarifou Ayéva aux moments les plus difficiles de l’histoire politique. Loin, sa première épouse est la sœur à Ayeva. Mais Eyadema étant un politique-né, a su surmonter les vicissitudes, sans demander la tête de son Général. Quand les différentes figures de l’opposition, allant des Gnininvi, aux Edem Kodjo, Dahugu Péré, Agboyibor pour revenir à l’opposant préhistorique Gil, sans oublier l’actuel Fabre, donnaient l’insomnie au RPT, ils avaient aussi leurs proches parents dans les arcanes du régime. Ont-ils été pour autant harceler ? Pourquoi les gens refusent de se demander si Faure a pu imprimer une différence entre le Togo de son père et son propre Togo actuel? Qu’est-ce que le RPT-UNIR a fait pour occuper le terrain qui fait présentement le lit au PNP jusqu’aux fiefs insoupçonnés du régime ?

Décidément

Eyadema est enterré avec les fous de sa cour. Lui au moins avait la chance d’avoir des gens qui osent lui tenir un langage de vérité, un langage qui rougie les yeux sans les crever. Pourquoi un système, pourtant de longue expérience politique, refuse-il de se regarder dans le miroir et se rendre compte que tout ce qui commence a une fin et que 50 années pour une République aux mains d’une famille est un affront que tout peuple finit par laver. Ceux qui croient détenir le titre foncier de la République ne savent pas encore qu’Atchadam n’a aucun miracle. Si miracle il a, c’est qu’il est venu tenir aux Togolais le langage qu’ils ont longtemps attendu, il est venu sans aucun calcul politicien, sans rien attendre de personne. Doctorant en anthropologie, il a appris à connaître son peuple et son environnement. Il est devenu, du coup, le porte-parole des aspirations des peuples désormais soudés par une interminable traversée du désert. Si les gens croient que Memene a un bâton magique pour arrêter le PNP, ils attendront longtemps. Même Atchadam n’incarne plus le PNP, mais une Nation qui a trop attendu un fils qui sait l’écouter et lui répondre. On n’arrête pas une Nation en marche, c’est vouloir cacher le soleil avec la main. Puisque, aux creux des vagues, on s’accroche à tout, depuis l’affaire de Kpariyo, des femmes et hommes, bien identifiés autour du prince, s’ingénient à déplacer le débat sur un terrain ethnico-communautariste. Présentement les audios-WATSHAPP qui se relaient avec les ethnies qui se vilipendent sont l’œuvre d’une bande bien identifiée qui finance cette campagne pour opposer les ethnies. Il y a 15 ans, ce langage communautariste aurait pu servir. Evidemment, la fibre ethnique a longtemps sauvé Eyadema, mais elle est coupée depuis que Faure a fait du Kabyè la première cible de sa mal-gouvernance, de sa violation des droits humains, elle est coupée depuis que les Togolais savent que malgré cinquante ans du régime, aucune ethnie n’est plus heureuse que l’autre. Cette fibre s’est détériorée depuis que les Togolais savent que la faillite nationale n’est pas l’affaire d’une ethnie, mais elle est imputable à une gestion par délégation de pouvoir où chaque ethnie a eu un rôle dans la tragi-comédie. En attendant que l’opposition reprenne du poil de la bête avec l’avènement du phénomène Atchadam, au lieu d’évaluer les dégâts de façon à poser le vrai débat, on cherche l’agneau sacrificiel. On dirait que Memene est le seul général que le régime a fabriqué ou encore le seul cadre qui aurait accumulé assez d’expérience pour sortir le pouvoir des situations difficiles. Si le sapeur-pompier de tous les temps peut être sacrifié aux dieux de la présidence à vie pour que vive la dynastie où est le mal ? N’est-ce pas aux grands maux les grands sacrifices ? Personne n’aimerait être à la place de cet officier à la barre pour avoir, au soir de ses faits d’armes, refusé de se tirer une balle au pied. Bon à suivre.

Abi-Alfa/ Le Rendez-vous N°315 de ce lundi 04-09-17


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