FAURE GNASSINGBE DOIT PARTIR

Depuis 2006 si Faure avait appliqué l’APG, on ne serait pas cette crise


« Papa nous a dit si le pouvoir nous échappe, nous allons lui courir après sans jamais le rattraper », déclarait Faure Gnassingbé à sa montée au pouvoir au lendemain de la mort de son père, Gnassingbé Eyadéma, 38 ans de dictature. Seulement que le « papa » aurait oublié de rappeler à son fils que cette attitude de possession ou de confiscation du pouvoir au sein d’une République, s’accommode aussi avec de multiples risques. Le Général Eyadéma a lui-même essuyé de nombreuses tentatives d’assassinat et de coup d’état durant ses 38 ans passés à la tête du Togo. Aujourd’hui, avec la triste réalité politique en Côte d’Ivoire où Alassane Ouattara est souvent malmené par ceux-là même qui l’ont porté au pouvoir par les armes, doit-on déduire de ces évènements que l’histoire finit toujours par rattraper ceux qui n’ont jamais fait les choses dans le bon sens ?

D’abord, il faut rappeler cette petite phrase que les Togolais aiment reprendre à l’envie : «  Comparaison n’est pas raison ». Oui, c’est une certitude. Sauf que de petits détails tranchent avec cette maxime générale lorsqu’il s’agira d’évoquer cette conviction scientifique qui dit : « Dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent essentiellement les mêmes effets ».

Togo-Côte d’Ivoire : une proximité politique !

L’histoire politique des deux nations, la Côte d’Ivoire et le Togo, sinon des Présidents ivoirien et togolais, révèle assez de similitudes. L’un, ADO, Alassane Dramane Ouattara, fut aidé en 2011 par  des rebelles, ces derniers qui ont pavoisé sa montée au pouvoir. L’autre, FEG, Faure Essozimna Gnassingbé, choisi par des officiers de la nomenklatura pour prendre les rênes du pouvoir au Togo ; des officiers qui, par la force des armes, ont réussi à imposer aux Togolais un Président, honorant ainsi le caractère non républicain de l’armée togolaise. C’était en 2005 après la mort du Général, l’allégeance à son fils et une élection frauduleuse par laquelle la victoire de Faure Gnassingbé a été proclamée au bout des kalachnikovs et des gourdins cloutés.

La suite des évènements présente encore de terribles ressemblances. Il y a quelques semaines, ADO a été sérieusement secoué par des « rebelles loyalistes » qui ont exigé et obtenu le versement de 12 millions de francs CFA pour chacun des 8400 hommes, soit 100 milliards 800 millions de francs CFA qui doivent sortir des caisses amaigries d’une Côte d’Ivoire instable. La pilule doit être assez difficile à avaler pour Alassane Ouattara. Malheureusement, les engagements sont pris pour être respectés et, les bons comptes, ont souvent fait les bons amis. Si le magot n’est que le prix du sacrifice et de l’effort de ces hommes qui, pour installer ADO au pouvoir en 2011, ont d’abord renversé le Président Laurent Koudou Gbagbo, deux ans plus tôt, le Président Faure Gnassingbé, lui s’en est plutôt bien tiré d’affaires.

C’était grâce, d’après des indiscrétions, aux services de renseignements « d’un pays ami » que FEG a pu, de justesse,  déjouer le fameux coup d’état de 2009.

Une affaire d’atteinte à la sûreté de l’Etat qui finit par la condamnation de 18 mois à 20 ans de prison prononcée à l’encontre de plusieurs officiers de l’armée togolaise mais aussi contre le demi-frère du Président, Kpatcha Gnassingbé. Ce dernier, présenté comme le « faiseur du roi » puisque lui-même déclarait en avril 2012 avoir demandé en 2005 aux officiers à l’époque de faire allégeance à son frère le Président. Ce qui fut fait selon les propres révélations du Général à la manœuvre : « Nous déclarons vous servir loyalement à partir de cet instant », dixit le Général Zakari Nandja chef d’état-major des Forces armées togolaises. Des révélations confirmées par un autre Général Assani Tidjani, mort avec le regret d’avoir réussi à asseoir un pouvoir de père en fils.

C’est donc ces cas qui démontrent la similitude frappante dans l’histoire des deux pays. Faure Gnassingbé a été imposé par les armes après la mort de son père, Alassane Dramane Ouattara est monté au pouvoir après une bataille sanglante qui l’a opposé à son prédécesseur Gbagbo. Mais, c’est à l’heure des comptes que les difficultés adviennent. Passablement, le président ivoirien a réussi à sacrifier les caisses ivoiriennes pour éviter in extremis un coup d’Etat qui était imminent. Faure Gnassingbé gère au mieux sa troupe, reste à savoir jusqu’à quand ?

FEG et l’Armée : la part du cadeau ?

Si les « rebelles loyalistes », les nouveaux millionnaires ont acculé Alassane Ouattara jusqu’à entière satisfaction de leur demande, c’est aussi parce qu’ils se sentaient écartés ou oubliés dans la répartition du cadeau présidentiel acquis de hautes luttes. Seuls leurs chefs militaires, des ex-rebelles ivoiriens, des anciens « com-zone », comme on les appelle, sont promus ou nommés à des postes stratégiques avec tous les avantages ou privilèges dont ils jouissent au détriment de la majorité des éléments restés à Bouaké et sans grande ressource financière.

Le constat est le même au Togo. La plupart des Généraux et Officiers supérieurs des FAT qui ont aidé Faure Gnassingbé dans la prise du pouvoir, sont bien recyclés au détriment de la grande masse des soldats restés sur le carreau et qui croupissent dans une marre d’indigence. Or, d’une manière ou d’une autre, ceux-ci ont aussi œuvré à l’installation de FEG dans le fauteuil présidentiel. Mais pour l’heure, seuls les Généraux et Officiers supérieurs sont lotis, bien remerciés, nommés à des postes juteux au sein de la République, notamment ceux qui ne sont plus dans les premiers cercles de commandement militaire.

Le Général Kadanga, est aujourd’hui le seul Général en fonction, et Chef d’Etat major. Le Général Béréna, à la retraite est occupé à ramasser les ordures dans la capitale dans le fameux projet dénommé ANASAP. Le Général Béléyi, devrait être recyclé dans une structure portuaire. Le Général AYEVA, lui est élevé au rang du cerveau de gestion des Sommets. C’est lui qui avait organisé la gestion du Sommet sur la sécurité maritime. D’autres officiers ne sont pas moins lotis. Directions générales, préfecture maritime, marché de livraison de plusieurs produits, travaux publics, etc.

Avec ces bons soins, ces officiers supérieurs et généraux n’auront pas le temps de penser à une certaine mutinerie. Celle par exemple qui avait sortie le Général Robert Guéi de la Côte d’Ivoire de sa retraite villageoise pour le porter à la tête du pays.

Mais d’après les indiscrétions, malgré les soins, il existe encore des velléités dans l’insatisfaction des officiers subalternes et des hommes de troupe. La résolution des revendications en Cote d’Ivoire par le Président Ouattara a tenté plusieurs corps armés du Togo. Mais les sorties du Chef de l’Etat togolais dans les casernes dominées par les militaires à appartenance majoritaire de son ethnie, émousse toute tentation.

En plus, au sein des FAT, le système de mission pour le maintien de la paix dans plusieurs pays pour le compte de l’ONU ou de la CEDEAO rassure. Puisqu’au retour, il y a toujours une amélioration de la situation financière de ces soldats. C’est dire que Faure Gnassingbé au Togo réussi à contenir son armée par ces différents appâts.

Mais les appels incessants meublés des contenus démocratiques lancés tantôt par François Boko ou Olivier Amah, mais aussi des togolais de la diaspora, de part et d’autre secouent constamment la grande muette dans son silence.

Les rôles et les responsabilités des armées dans les autres pays font également réfléchir les corps habillés togolais qui se retrouvent comme incapables de satisfaire une opinion qui les interpelle. Le Burkina Faso, la Gambie ont déjà donné l’exemple du rôle démocratique des forces armées dans un pays.

Aujourd’hui, dans l’armée togolaise, comme dans l’opinion, il y a des frustrés, des mécontents et des révoltés qui un jour ou un autre, tenteront de se faire justice. On ne sait encore pas de quelle manière. Mais ce qui est constant, c’est que l’histoire politique de la nation togolaise, n’a pas encore livré son dernier épisode.

Sylvestre K. BENI
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