Le Togo a du mal à sortir de sa crise politique pluridécennale. Et aujourd’hui on est dans une impasse. La faute d’abord à sa classe politique dans son ensemble, qui n’arrive pas à trouver une solution. Le peuple togolais semble abandonné dans son chemin de croix par la communauté internationale qui se montre incisive dans bien d’autres dossiers sur le continent ou dans le monde moins critiques que celui du Togo. Elle semble avoir oublié ses engagements pris dans le cas togolais.

Une responsabilité avant tout locale

Point n’est besoin de polémiquer là-dessus, la crise politique traversée par le Togo depuis plusieurs décennies est d’abord une affaire togolo-togolaise. Elle est due à la boulimie du pouvoir d’un clan, le RPT/UNIR, qui ne conçoit pour rien au monde le lâcher. De ce fait, tout est entrepris pour pourfendre l’alternance. Assassinats politiques, violations massives des droits de l’Homme, achats de conscience, tripatouillage de la Constitution, trucage des élections et détournement des suffrages…tous les moyens louches sont explorés pour y parvenir. Et voici cinquante (50) ans que cela dure, sans aucune ouverture de lendemains meilleurs.

En face, on n’est pas arrivé à trouver la formule idoine pour arracher l’alternance, bien qu’on ait tout ( ?) essayé. D’aucuns diront que l’opposition est tout autant responsable que le régime en place, à cause de la trahison dont se sont rendus coupables certains de ses leaders qui ont préféré leurs intérêts personnels à ceux de tout un peuple. S’en tirant à bon compte, ils se sont employés à nuire à la lutte populaire pour l’alternance. Il ne sert à rien de doigter des gens, il suffit d’interroger l’histoire qui a jalonné le parcours démocratique de notre pays pour s’en rendre compte.

En tout cas, plein d’occasions de règlement se sont offertes à la classe politique. Colmar, Ouaga, Sant’Egidio, 22 engagements, Accord politique global (APG)…toutes ces chances se sont soldées par des échecs, simplement à cause de la mauvaise foi des uns et de l’inconséquence des autres. Résultante, la crise demeure et le Togo reste une curiosité dans la sous-région ouest africaine, sur le continent et dans le monde entier, alors que tout autour de nous, les pays changent et même les poches de résistance à la démocratie et à l’alternance rentrent dans les rangs.

Des engagements de la communauté internationale

La communauté internationale s’est beaucoup impliquée dans le long et mouvementé chemin pour le règlement de la crise au Togo. La plupart des tentatives de dialogue ont été leurs initiatives. De la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) à l’Union européenne en passant par la Communauté Sant’Egidio, ce sont les dirigeants de la communauté internationale qui ont pris le devant et convaincu pouvoir et opposition d’entrer en discussion. C’est dans ces conditions qu’ont eu lieu les négociations de Colmar. Les acteurs politiques se sont transportés à plusieurs reprises à Ouagadougou au Burkina Faso, à l’époque de Blaise Compaoré, qui fut désigné comme Facilitateur permanent dans la crise togolaise. Il ne manquait que de disposer de siège au Togo.

Deux cas illustrent bien l’implication de la communauté internationale. D’abord les vingt-deux (22) engagements que l’Union Européenne a fait prendre au pouvoir d’Eyadema le 14 avril 2004, afin de lui tendre la main pour renouer la coopération coupée pour déficit démocratique, à la suite des violences meurtrières de 1993. Le régime prenait ainsi des engagements majeurs dont l’organisation d’élections locales. L’autre illustration majeure, c’est l’APG. C’est la communauté internationale, les dirigeants de l’Union Européenne notamment qui ont réussi à convaincre la classe politique de se retrouver autour d’une table de négociation, au lendemain des violences meurtrières d’avril 2005 ayant entouré la montée au trône de Faure Gnassingbé et coûté la vie à un millier de Togolais. L’enjeu était d’arracher un compromis entre les composantes de la classe politique et créer les conditions d’un apaisement indispensable à la gestion du pays. Les pourparlers ont abouti à la signature, le 20 août 2006, de l’APG.

Indifférence devant le non respect des engagements

Toutes ces initiatives se sont conclues par des recommandations pertinentes, mieux, des engagements du pouvoir. Mis en œuvre, ils auraient le mérite de rasséréner le climat politique et corriger énormément la situation. Mais c’est ici que le bât a toujours blessé.

Lorsqu’arrive le moment de mettre en œuvre ces promesses, le pouvoir se débine toujours. Mais curieusement, la communauté internationale qui a mis en jeu son honorabilité dans toutes ces initiatives, reste impassible. S’agissant des 22 engagements, le pouvoir promettait l’organisation d’élections locales, dans un délai de 12 mois. Treize (13) bonnes années après, ce scrutin se fait toujours désirer. Mais au niveau de Bruxelles, on est indifférent à cette mauvaise foi du régime de Lomé et même semble avoir fermé la page.

L’APG était assorti de recommandations majeures dont celle de la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles, identifiées comme importantes pour l’apaisement politique. Malheureusement depuis 2006, ces réformes se font attendre. L’opposition a beau crier, les réclamer, le pouvoir reste impassible. Une fois ayant repris du poil de la bête, Faure Gnassingbé s’en moque éperdument. Toutes les tentatives de mise en œuvre se sont soldées par des échecs à cause de la mauvaise foi du pouvoir en place. Entre-temps l’APG a été déclaré caduc, et en lieu et place de l’esprit d’inclusion prôné par cet accord, le Prince est dans une dynamique d’unilatéralité, avec sa fameuse Commission d’« intellos » qu’il utilise pour se tailler des réformes sur mesure et s’éterniser au pouvoir. Mais que dit la communauté internationale ? Rien !

Toujours dans la dynamique de mise en œuvre des réformes, on se rappelle qu’en amont des législatives de juillet 2013 que l’opposition menaçait de boycotter si les réformes ne sont pas mises en œuvre, ce sont des chefs d’Etat de la région ouest-africaine qui avaient fait le déplacement de Lomé pour la dissuader. Il s’agissait d’Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire, de Goodluck Jonathan du Nigeria et de John Mahama du Ghana. Ils s’étaient presqu’engagés à la place de Faure Gnassingbé, mettant en jeu leur honorabilité et promettant qu’il s’exécuterait après le scrutin. Mais il ne l’a jamais fait. Mieux, Faure Gnassingbé a manœuvré pour s’opposer aux réformes afin de pouvoir candidater à un 3e mandat. Et il y a réussi. Mais les chefs d’Etat en question n’ont plus rien dit.

Cette attitude de la communauté internationale a de quoi scandaliser, lorsqu’on sait qu’elle est très prompte dans des dossiers moins graves que celui du Togo. « On ne demande pas à la communauté internationale de venir faire la lutte à la place des Togolais. Mais il faut qu’elle œuvre pour que les engagements que prend le pouvoir avec sa caution soient respectés (…) Les réformes, c’est depuis le rapport de l’ONU sur les violences de 2005 qu’elles ont été recommandées. Mais personne n’a veillé à ce que soient matérialisées (…) Lors de la présidentielle de 2015, on a vu tous les problèmes rencontrés, notamment celui du fichier électoral. Il a été recommandé un audit. L’OIF a été plusieurs relancée par l’opposition ; mais cela ne donne absolument rien », peste un acteur politique, qui est révolté par l’intérêt sélectif de la communauté internationale : « Tout récemment, l’ONU est allée jusqu’à demander au président de la Guinée Bissau, José Mario Vaz de nommer un Premier ministre de consensus(…) Tout porte à croire que dans le cas togolais, la communauté internationale préfère se contenter du semblant de paix. Elle n’aide pas assez le peuple togolais ».

Tino Kossi

Liberté N° 2438



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