Il y a environ deux ans, l’officier B. a été détaché au domicile du « Prince ». Il remplaçait ainsi dans le rôle de Maître de chambre son collègue, l’Adjudant-Major Marc A. qu’il a enfoncé dans une affaire de vol de quelques bouteilles de boissons. Sa nouvelle tâche est d’encadrer le personnel qui s’occupe de tout : entretien des installations électriques, plomberie, froid, maçonnerie, jardinage, etc. Ils sont plus de 200 agents fonctionnaires, forces de l’ordre ou de sécurité et de libéraux qui accomplissent quotidiennement des tâches dans les nombreux châteaux du Prince et de ses « jupettes » répandues sur le territoire.

Ces hommes et femmes très dévoués mais avec une rémunération mensuelle équivalente au SMIG-SMAG. Un pauvre conducteur de camion de sable n’a rien à envier à ses collègues qui conduisent le Prince ou sa génitrice. Comme illustration, des chauffeurs qui détiennent en main la vie de ces illustres personnalités sont parfois obligés de pomper du carburant des véhicules pour pouvoir arrondir les fins de mois.

L’arrivée du lieutenant B. a occasionné beaucoup de conflits dans l’entourage. Ce dernier s’est emparé de tous les rôles. Il gère les dotations mensuelles de fonds, ordonne les dépenses, fait les achats des pacotilles et ramasse toute la ferraille qu’on remplace. Il avait foutu de la merde partout au sein de l’équipe. Sa grosse magouille consisterait à encaisser les dotations mensuelles et à faire traîner les travaux de réparation jusqu’à la fin des mois. S’il n’achète pas les pacotilles, il procède au rafistolage. C’est ainsi qu’il garderait de gros sous puisque les reliquats ne sont pas reversés.

Avec le temps, la gourmandise de ce serviteur du Prince a migré de la base logarithmique et pris l’allure d’une fonction exponentielle. Il y a trois semaines, cet officier est allé solliciter un marabout célèbre de cette marre aux crocodiles de la minorité oligarchique. C’est là où plusieurs ministres, cadres de sociétés, officiers et copines du Prince vont faire perpétuer leur incrustation aux postes et/ou obtenir les promotions. Pour les femmes, leur premier objectif est de capter l’âme du Prince.

Cette fois, le bon de commande du Lieutenant serait de trop, voire criminel. Le Lieutenant B. aurait sollicité les services de ce marabout pour deux importantes missions. La première, c’est de travailler l’égérie promue il y a quelques semaines et sa coépouse l’Ethiopienne de sorte qu’il arrive à les dominer dans tous ses desiderata. La seconde commande, la plus lourde, porterait sur l’assassinat de trois autres personnes du cercle. Il s’agit de l’ancien chauffeur attitré du Prince qui n’est autre que le soldat Napo, du soldat Idrissa et bien évidemment de l’Adjudant Marc A. Ce dernier est connu pour sa générosité sans fin dans l’entourage et aussi dans la promotion des artistes de la chanson. Il suffit de capter une chaîne de radio ou de télé sur toute l’étendue du territoire pour se rendre à l’évidence. Son nom est cité dans presque tous les morceaux qui passent.

Pour ceux qui ne le savent pas, depuis la nuit des temps, les charlatans et les hommes dits de Dieu sont de véritables agents de renseignement pour les pouvoirs publics. A cause de l’argent, ils sont prêts à tout. Ils savent qu’il est plus rentable de monnayer une conspiration d’un subalterne contre son mentor. Alors ce marabout se confie rapidement à un officier supérieur des services de renseignement. Il sera rapidement monté un guet-apens avec l’installation des dispositifs audiovisuels pour attester le flagrant délit. Le soldat B. se pointe au rendez-vous piège avec les photos des collègues à éliminer par gri-gri et se soumet à la saynète incantatoire sous le bon guide du grand féticheur. C’est ainsi que le mec s’est fait prendre la main dans le sac. Il a été directement mis aux arrêts puis en taule et remplacé provisoirement par le Colonel T. A., originaire des Lacs.

Le palais du Prince sexy n’est fait que d’histoires de sexe, d’argent, de boisson, de rivalités conduisant aux sabotages de tout genre voire de sorcellerie. C’est ainsi que dans cette même jungle le Sergent-chauffeur Fousse (diminutif de son nom) qui conduisait le Prince avait piqué une crise dans la voiture de commandement. C’était il y a un peu plus de deux ans. Il s’agissait d’un des véhicules banalisés du haut lieu. Le pauvre venait juste de larguer son boss dans le canapé de l’une des élues. Heureusement qu’il n’était pas à vive allure. Il sera extrait de la voiture et jeté dans un centre hospitalier à ses propres soins. Juste après son rétablissement, il subira le châtiment de la taule avant d’être affecté à titre exceptionnel dans les Lacs. Mais le Sergent Fousse refuse le garage, car il connait ses droits. C’est alors qu’il sera radié de l’armée sans indemnité.

Le Prince avec qui le soldat Fousse échangeait comme des gamins de 11 ans sur le football européen, aussi n’a plus demandé des nouvelles de son « ami » depuis. Semble-t-il que le patron et son boy sont deux fervents supporters de l’équipe d’Arsenal (championnat d’Angleterre). Et selon les indiscrétions, c’est cette proximité qui aurait valu au soldat Fousse le missile mystique. Ce Sergent s’est également enfermé dans sa galère, car étant parvenu à se faire son petit taudis sur un sentier de Zanguera (Préfecture d’Agoènyive). Mais un jour, la mère du Prince s’était souvenue de Fousse et lui avait demandé de venir la conduire. Car son millième chauffeur venait de la quitter pour maltraitance.

Les populations étant des objets pour la famille princière, cette dame va exploiter son chauffeur secoureur pendant plus de six (06) mois sans paie. C’était sous le prétexte fallacieux que le sergent était toujours en fonction. Mais Fousse prendra son mal en patience jusqu’au jour où il s’est retrouvé nez à nez avec son ancien chef lors d’une visite à maman. Et c’est à cet instant que le Prince s’est encore souvenu de son ami de football qui lui a raconté sa traversée du désert. En guise de réparation, les instructions auraient été données pour le versement des droits de Fousse et l’admission à une retraite anticipée. Nous suivons le dossier et il y une kyrielle de lourdeurs administratives qui jalonnent le processus. Soit dit en passant, ils sont des centaines d’anonymes qui servent ces affranchis avec zèle et très souvent au risque de leur vie sans rien gagner en retour.

Le cas du Lieutenant B. serait complexe à régler, car les lois de la République n’intègrent pas forcément la sorcellerie. Et l’intention de tuer est grave.

Pour ceux qui l’ignorent encore, lorsque l’on cherche vaille que vaille les postes juteux et surtout les affectations au palais royal, il faut naître de nouveau. Les plus avertis traversent les frontières ou transforment leur bureau et domicile en cathédrale. Ils pataugent entre « Zinsou », Allah et le Christ dans toutes leurs dimensions.

L’emprise de ce phénomène sur la gouvernance fait que plusieurs fonctionnaires surtout de hauts cadres refusent de déménager dans le bureau de leurs prédécesseurs. Certains prennent le temps qu’il faut afin de déminer les lieux. Très souvent tous les mobiliers et matériels doivent être remplacés. Il arrive que les carreaux soient souvent cassés pour rechercher d’éventuelles « mines » ! Tout est à refaire.

Source : B. Douligna, Liberté N°2435



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