« La destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent ».Dans la Psychologie du goût, Anthelme BRILLAT-SAVARIN insiste sur la qualité des hommes, leur valeur, leurs ambitions, leur personnalité pour imprimer une puissance d’élévation aux sociétés, aux républiques, quand ils se proposent de régenter la vie publique. Ce ressort d’exigence de compétence et surtout d’excellence nous ramène au cas spécifique qui est notre pays qui, en cinquante ans, a perdu dramatiquement l’aurore.

De quoi Rpt/Unir a-t-il abreuvé la terre qui nous a vu naître pour être si longtemps basculée dans la sépulture des pénombres ?

Pour répondre proprement à cette question avec toute la candeur de l’objectivité citoyenne, nous disons que la dynastie cinquantenaire est une fabrique de l’imposture, de l’usurpation, de la spoliation de la corruption, de l’achat de consciences, des transgressions des lois et de la constitution, des coups de force, de l’incivisme, des scandales, des détournements de deniers publics, de l’enrichissement illicite, du viol de la justice, des couronnes de l’impunité, des artifices grotesques, de l’immoralité…

Chaque Togolaise, chaque togolais, dans l’exercice du jugement responsable de sa souveraine raison ne peut manquer de se retrouver dans ce cocktail d’insalubrités étatiques qui a usé nos élans citoyens pour nous éclabousser d’une célébrité à rebours et nous tailler une place de risée dans la marche du monde. L’arrêt de la Cour Communautaire de la CEDEAO qui écrit, noir sur blanc, que la Cour Constitutionnelle du Togo ignore le droit dans l’affaire des neuf députés ANC, suffit à mettre en relief la fonctionnalité d’un régime aux perversités multiples. La dynastie togolaise évolue toujours par des artifices phosphorescents pour couvrir un pétard d’effractions, de coups tordus, d’impostures, de rapines…

Toutes les républiques périssent de leur splendeur, du sens de l’honneur et de la promotion du mérite dès qu’elles basculent dans le sectarisme identitaire, dans les principes corrompus. L’accumulation des fautes morales, éthiques, civiques ouvre la grande piste d’atterrissage à la crise sociale, institutionnelle, politique, économique dont les républiques ont trop de mal à se remettre.

En cinquante ans, quel idéal de société peut-on identifier dans la gouvernance du père et du fils ?

Qu’est-ce la régence des GNASSINGBE a fait de notre éducation, de la santé de nos populations, de la justice, de la question de l’eau potable, de l’habitat, du foncier, de la politique agricole, de la politique de l’emploi, des ressources naturelles du pays, des sociétés d’Etat, de la culture civique et du mérite, de nos lois et de notre Constitution ?

Quelles sont les conditions de possibilité d’un droit à l’espérance dans ce pays ruiné qui est le nôtre ?

1) Des remaniements de l’échec à la diplomatie bruyante

Ce qui nous inspire dans l’évolution de notre sentence sur la gouvernance Rpt/Unir, c’est bien l’Etat de misère qui abaisse chaque jour un peu plus nos populations. Le régime d’usurpation et de diplomatie tapageuse manque cruellement d’efficacité à convaincre, à tirer le pays vers des hauteurs pour délivrer ce peuple de l’indigence avilissante. Partout, dans toutes nos régions et cités, la paupérisation est galopante et révoltante. Avons-nous encore la dignité de vivre sous l’empire du manque ?

Dans son Répertoire, Michel BUTOR semble être à nos côtés pour donner la meilleure réponse à nous, Togolais lorsqu’il écrit : « Notre existence quotidienne est un mauvais feuilleton…» Pourtant, la nature est très généreuse à notre égard pour doter notre terre de fortunes, de richesses sur lesquelles sont assis une horde de prédateurs aux serres des rapaces avec des fusils en bandoulière pour prêcher la bonne gouvernance au service de l’enrichissement illicite. Ils sont interchangeables dans la rotation aux postes de responsabilité, dans les remaniements de luxe pour simuler une osmose, un renouvellement, alors que les inefficacités assermentées sont toujours dans la ronde des vautours pour achever les départements mêmement en souffrance dans l’art de s’enrichir sans peine.

Quand la mentalité qui préside l’action du gouvernement auréolée de simulacres, de mensonges, d’artifices, rien ne se construit. Le Rpt qui s’encombre d’un concept Unir pour se valoriser est une désuétude qui veut se régénérer par des apparences. Cette farce politique se poursuit dans des remaniements du gouvernement qui affiche plutôt son anachronisme dans l’approche des solutions peu ambitieuses, peu innovantes et trop souvent laxistes pour espérer un semblant d’efficacité. Nous n’arrivons ni à décoller, ni à recréer les petits bonheurs qui aident les populations à bondir dans des projections heureuses.

On ne feint pas la valeur pour réussir. Il faut en avoir la culture pour créer l’espérance. Les hommes savent, où qu’ils se trouvent, ce dont ils sont dramatiquement dépouillés. Ceux qui gouvernent le Togo savent qu’ils ont une âme plate et qu’ils souffrent d’une distanciation populaire.

Comment expliquer qu’après quarante ans d’investissements publics dans l’entretien d’une faculté d’économie et de gestion que le Togo soit réduit au besoin d’aller chercher un Rwandais pour organiser le service des impôts ?

Aujourd’hui, il s’agit de déléguer à la légion étrangère l’efficacité et la rentabilité de nos hôpitaux publics. La gouvernance sans principes moraux ni éthico-civiques est un gouffre béant qui ensevelit la République. Le gage de la créativité, de l’ingéniosité, c’est la confiance en soi. Là où les hommes perdent leur sérieux, ils se perdent dans les errances et les déviances ; ils ne produisent aucun résultat. Georges BRAQUE a raison de dire dans Le Jour de la Nuit : « Où l’on fait appel au talent, c’est que l’imagination fait défaut »

La honte est un principe d’éducation. A quelle fierté nationale et à quelle dignité le régime Rpt/Unir instruit notre jeunesse ?

Le respect des gouvernants s’impose par la puissance de leur esprit, la force de leur audace, la qualité éthico-morale et les résultats auxquels ils parviennent dans des innovations intelligentes. La diplomatie de la manche avec des confettis en rose sous des appellations flamboyantes et des sommets alignés pour un rafistolage de légitimité n’offrent aucune célébrité aux régimes anachroniques, aux pratiques rétrogrades et malades d’eux-mêmes.

Le règne GNASSINGBE est au stade d’un encéphalogramme plat. Il mène une vie végétative. Il ne peut plus rien créer, rien inventer, rien initier, sauf des agitations de morbidité dans une énergie du désespoir. Il n’y a plus de remaniement du gouvernement qui impressionne les citoyens encore moins, des affectations, des nominations qui inspirent un fouet à l’organisation de l’Etat.

La République crépusculaire que ploie sous des dettes usuriers appelle les Togolais à une action de salubrité citoyenne

2) La République, de l’autre côté du désespoir

Sans hérésie, il n’y a pas de nouveaux dieux. Ceux qui ont cru que le fils d’Eyadéma a une carapace à faire oublier les écarts, les petitesses politiques, les méthodes rétrogrades de gestion des hommes, de l’administration territoriale, des ressources nationales et de la justice se sont lourdement trompés. Le fils est malheureusement dans une autre forme de responsabilité à amplifier la génération de la spoliation avec une curieuse incitation à l’encouragement avec des primes et promotions dans la ronde éternelle du libre service pour l’enrichissement illicite.

Outre le goût de l’imposture, des artifices, du parjure, du cynisme politique, des vices et des perversions du père et de la parodie de justice, s’est greffé sur la personnalité de Faure un laxisme effréné qui a creusé un lit au « laisser-aller » dans tous les services de l’Etat, une licence à l’apathie, comme dans une secte de nuisance et de non dénonciation. Ce que la succession dynastique montre au citoyen n’est rien moins que la fin de la République, l’effervescence de l’abîme qui affecte le citoyen ordinaire et lui fait perdre les repères du vivre-ensemble. D’où l’ampleur de l’incivisme dont la solution de correction semble se trouver dans l’érection d’un ministère sous le règne de Faure.

Les promesses des jours sont dans leurs matinées. Depuis onze années, quel projet du « petit » satisfait-il les attentes populaires ?

Rien ne se bâtit sur l’ambition enfantine, le scandale, le désastre éthique, le mépris de la vie, le goût du sang et des colmatages douteux. Seule l’humaine condition dans l’âme des hommes leur permet de se projeter sur l’Humanité. Quel idéal ressentons-nous dans l’exercice du pouvoir de Faure ?

Partout où les hommes sont humainement arides pour être complices des crimes de masse afin d’asseoir leurs ambitions, on constate dans leur trajectoire un dessèchement de dignité, de loyauté et de générosité pour l’effort. Ce à quoi l’existence du citoyen est réduite en matière de qualité de vie, nous renverse de honte. Nos populations sont en loques, sans un soupçon d’appétit de vivre, pendant que la minorité « fauriste » célèbre des milliards sur des comptes individuels. Il est inconcevable de voir des gens dans les grandes manœuvres de l’ambition sans qu’ils ne consentent à imiter la grandeur. L’autorité de l’Etat est sans prestige, sans reconnaissance, sans révérence, sans accompagnement de la collectivité nationale. Tant les fautes de gouvernance, les fautes morales, les coups de force, l’imposture ont noyé toutes les résurrections promises. Dans tous les compartiments de la vie sociale et politique au Togo, nous grandissons du malaise au mal-être. Les images que nous avons de nous-mêmes, par la suite des temps dérangent profondément notre conscience. Elles nous éloignent de la hauteur et de l’espérance.

Les souffrances indicibles préparent les peuples infailliblement à s’ouvrir d’autres horizons. L’incubation d’une aube nouvelle s’éclate dans la conscience citoyenne. Le Togo ne saura prétendre être sur un podium des Républiques sans la grandeur. Il faut le rebâtir autour des valeurs dans un idéal d’amour, de loyauté pour l’action efficace au service du peuple. Cette responsabilité nous incombe entièrement, parce que nous pensons comme Albert CAMUS dans sa Lettre à un ami allemand lorsqu’il écrit : « Qu’est-ce l’homme ? Il est cette force qui finit toujours par balancer les tyrans et les dieux ».


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