Togo : Les évenements de la répression barbare sur le Campus de Lomé

FAURE GNASSINGBE , IL FAUT LAISSER LES ETUDIANTS TOGOLAIS EN PAIX


Au Togo s’écrit la longue chronique d’une révolution impossible. Les convulsions sont fréquentes et les souffrances immenses. Le cynisme est érigé en horizon de réalisation de soi et du corps social.

Le Togo est en déliquescence profonde et pour tout dire en mort clinique et institutionnelle.

Le pouvoir politique dictatorial ne voit son salut que dans le martyr du peuple. Aussi serait-il irresponsable de compter sur la transformation des méthodes de ce régime ou d’espérer voir s’infléchir la loi d’airain instituée, entretenue et froidement exécutée par une armée tribale. C’est entendu.

En face, gît un corps social souffrant et inerte en apparence.

Le togolais est-il devenu un peuple de « moutons » que la tonte ne rebute plus et qui désormais se laisse docilement mener à l’abattoir ?

Comment comprendre la trajectoire de ce peuple courageux, responsable, qui a su, de haute lutte, arracher son indépendance politique ?

Comment appréhender désormais ce peuple vaillant qui a perdu tout ressort de révolte ?

Comment identifier les racines d’une telle torpeur face à l’oppression politique et à la frustration économique dont il est l’objet ?

Mais il s’agit bien d’une apparence de mort. Le peuple souverain ne meurt jamais. Sa soif de liberté demeure inextinguible.

Paradoxe ?

La réserve du peuple togolais et sa langueur apathique doivent être analysées ici comme l’expression d’une sagesse profonde dont les peuples sont mystérieusement et intrinsèquement dotée.

Oui, le Togo n’est pas une Nation morte. La flamme de sa liberté n’est pas éteinte. Son désir de progrès pour le bénéfice de tous ses enfants est toujours vivace. Bien qu’il subisse de plein fouet les affres d’une dictature cinquantenaire, il n’est pas prêt d’aller de Charybde en Scylla.

Et c’est bien de cela qu’il s’agit.

L’offre alternative susceptible de susciter l’adhésion et de structurer l’action est viciée et porte dans ses fondements les germes d’un avenir pire que le présent difficile.

Et ça le peuple togolais le sent confusément mais sûrement. Et il n’en veut pas.

Les figures de proue qui incarneraient ses aspirations profondes et capitaliseraient sa révolte afin de les transformer en moteur d’action libératrice lui paraissent suspects. Le peuple n’a pas ou plus confiance dans ses leaders et ses représentants. Le sentiment du « tous pourris » qui sclérose et inhibe tout élan de révolte a gagné progressivement les filles et les fils de la Nation.

Ils ont raison dans leur grande sagesse. Les faits sont têtus. Les dérives inacceptables. Les propositions alternatives insuffisantes et corrompues.

Il convient d’identifier les racines de ce qu’il faut désormais reconnaître comme une crise profonde de la représentativité au Togo.

Une absence de leadership préjudiciable

Toute révolution ou même évolution a besoin de leaders ou du moins de figures fédératrices capables de la conduire, de sentir ses aspirations les plus profondes, d’apporter les éléments d’éclairage nécessaires pour fonder la justesse de ses revendications et de les consolider en leur donnant un débouché concret en termes de conquête du pouvoir et d’amélioration des politiques publiques.

Le peuple togolais a aussi besoin de ces hommes et femmes responsables. Il est en droit d’attendre de ces derniers une loyauté sans faille par rapport à un combat qui les dépasse de loin et dont ils ne sont que les simples hérauts.

L’opposition togolaise a malheureusement tendance à se situer au-dessus du peuple et à faire de ce dernier le relais de ses propres ambitions et aspirations au lieu d’être les instruments actifs de la volonté populaire.

Cette faiblesse consubstantielle à l’opposition togolaise constitue un boulet que traîne tout le peuple et qui obère durablement l’efficacité de ses luttes.

Les conséquences des divisions amorcées dès les années 90 sont devenues rédhibitoires. Depuis lors lesdits opposants togolais ont invariablement reconduit ce schéma dont l’échec est désormais patent.

La souveraineté appartient au peuple. Ceci n’est pas valable seulement pour le régime en place. Ça l’est, plus encore, pour l’opposition qui demande sa confiance et prétend le conduire à sa libération.

L’oublier conduit à installer un paternalisme que le peuple ne peut accepter.

Cette situation est d’autant plus insupportable que les leaders successifs n’ont pas fait montre d’un grand courage, d’une rectitude ou d’une probité droite qui édifieraient le peuple et l’inciteraient à un dessaisissement pur et simple de ses prérogatives souveraines entre leurs mains.

Les opposants au Togo n’ont tout simplement pas fait la preuve d’une oblation au service de la cause de l’État et du bonheur du peuple.

Les renoncements, les compromissions, les reculades, les mensonges, le manque de repentir ainsi que les divisions endémiques d’une opposition émiettée, atomisée, infiltrée et sectaire ne sont pas de nature à emporter l’adhésion du peuple.

Le peuple togolais paraît apathique. Il est plutôt vigilant et légitimement exigeant. C’est son honneur et sa vertu. Aucune médiocrité ne saurait mériter sa confiance.

Une matrice sociopolitique minée par les sociétés secrètes

L’appel à une action de libération nationale se heurte aussi à la profonde compréhension du peuple de l’organisation sociopolitique de la Nation qui conduit à une collusion objective entre le pouvoir en place et ceux qui prétendent le combattre et le remplacer.

Si le peuple sait confusément reconnaître le rôle des sociétés secrètes qui essaiment et prolifèrent, pour l’élite responsable il n’y a aucune ambigüité. Elle a conscience de l’influence prégnante de ces réseaux qui se déploient en des lieux de « fraternisation » sous le couvert du secret. Les sociétés secrètes fonctionnent comme un repaire de copains et de coquins, dans un caravansérail d’intérêts politiques et mafieux où se décide le partage de la dépouille du peuple.

L’observateur averti n’est pas dupe de la mascarade sur la division factice – Pouvoir-Opposition, dont se gargarisent certains leaders d’opinion qui poussent le cynisme jusqu’à l’appel du peuple à la révolte populaire.

« Entre frères, on ne se mange pas. Voyons ! ». Les prétendus leaders politiques sont passés maîtres dans l’art du mélange des genres troubles. Jean-Pierre FABRE, auréolé de son statut de chef de file de l’opposition, excelle dans cet exercice périlleux qui trompe de moins en moins. Il apparaît de plus en plus nettement comme le rempart le plus sûr dressé entre le peuple et le gouvernement dictatorial de M. Faure GNASSINGBE. Allié objectif du pouvoir en place qu’il « accompagne » dans les hold-up électoraux, M. FABRE agit comme un « trombone », qui fige aussi bien l’opposition utile, l’élite responsable que le peuple dans sa marche vers la liberté. La presse nationale et internationale s’en est fait largement l’écho. Voir notamment cameroonwebnews du 14 Octobre 2014 et 27 avril.com du 23/10/2014.

Le peuple sent et découvrira progressivement que son véritable adversaire dans son désir de liberté est M. Jean-Pierre FABRE qui ressemble de plus en plus à un candidat « posthume » à l’élection présidentielle.

La collusion endogamique majorité-opposition à travers les sociétés secrètes est un danger qui guette la Nation togolaise et qui pourrait se révéler pire que la dictature cinquantenaire dont elle veut se débarrasser.

Ne nous y trompons pas. Il s’agit encore une fois d’entités d’emprunt venues des anciens colons et qui sont désormais les canaux les plus sûrs du contrôle et de la domination néocoloniale. Elles sont le garant de la stabilité de pouvoirs décriés en Afrique tournés vers la satisfaction des intérêts du maître occidental. Ces loges et officines hors-sol résultent d’une philosophie et d’une « sagesse » axées sur la construction platonicienne de soi selon laquelle : “L’homme est la mesure de toute chose : de celles qui sont, du fait qu’elles sont ; de celles qui ne sont pas, du fait qu’elles ne sont pas“(Protagoras)

Dans ces retranchements discrets devrait se construire progressivement un humanisme noble basé néanmoins sur le sot projet de réintégrer l’homme déchu dans sa matrice originelle par ses seules force et volonté.

Cette démarche censément noble, qui a fait ponctuellement ses preuves sous certains cieux et à certaines périodes, dérive au Togo en une grande foire aux intérêts et aux prébendes de toute nature.

Le secret devient le couvert et le réceptacle de l’affairisme et de toutes les magouilles au détriment du peuple. Avoir un poste, réussir dans la vie, exister tout simplement passe désormais par l’appartenance à un cercle d’initiés ou à tout le moins à l’ethnie dominante ou, mieux encore, aux deux. Ce n’est pas normal.

L’ANC et son chef semblent n’avoir pour programme politique que l’extension à la dimension de toute la Nation des pratiques de leurs appartenances secrètes; en s’appuyant de préférence sur les membres de leur obédience et ensuite sur ceux qui pratiquent les mêmes rites qu’eux mêmes.

Cela ne promet rien de bon. Et le peuple togolais dans sa grande sagesse le sait. Il ne veut, en aucun cas, troquer le mauvais contre le pire.

Les dangers d’un État théocratique sont bien réels. Le Togo est une République qui, pour fonctionner correctement, doit tenir en lisière toute forme de religiosité et surtout celles qui se déploient sous le couvert de l’opacité et du secret.

Un sage attentisme des acteurs sociopolitiques

Les pesanteurs venant à la fois du pouvoir et de l’opposition sclérosent toute action constructive au Togo et poussent les acteurs de bonne volonté à s’écarter d’un théâtre de marionnettes où se joue entre l’opposition factice et le pouvoir militarisé la valse délétère des amours morganatiques.

Ne l’oublions pas. La conférence nationale souveraine (CNS) au Togo a été conduite par le prélat Mgr Kpodjro et a été portée dans un élan collectif par le peuple souverain et des acteurs divers mais sincères. La Nation togolaise sait et saura leur porter sa reconnaissance.

Le dévoiement de la CNS à partir de la primature de Me Koffigoh et le lent délitement de son expression et de ses acquis trahissent l’affaissement de la qualité des leaders et justifient à présent l’attentisme du peuple que certains opposants médiocres et suffisants qualifient indûment de moutonnier.

L’Église dans sa grande sagesse est en retrait même si elle se sent toujours concernée et même préoccupée par le sort de ses enfants. La production d’une synthèse remarquable sur la situation sociale et politique du pays indique sa connaissance profonde et intime des convulsions du peuple.

Les autres confessions monothéistes, chrétiennes et musulmanes observent la même prudence par rapport à l’offre politique portée notamment par l’ANC et le pouvoir en place. Il en est de même des traditions humanitaires du Togo qui ne sont pas compatibles avec une conception secrète et opaque de l’action politique.

Ces quelques données de la crise dans laquelle le Togo est plongé en situent la profondeur et indiquent la nature multiforme et multidimensionnelle des remèdes à proposer au corps social togolais malade et profondément gangrené.

Il est temps que les leaders d’opinion retrouvent le chemin de l’humilité et du courage politique qui seuls permettent de conduire un peuple à la victoire.

Les appartenances secrètes y aident-elles sans interférences négatives sur la vie de la cité ? Tel ne semble pas être le cas au Togo.

La liberté de conscience est un droit fondamental reconnu par la République. Ses dérives mafieuses et affairistes qui gangrènent le vivre ensemble et l’évolution de toute une nation sont néanmoins des fautes qu’un État responsable doit sévèrement combattre et punir.

Puisez, chers opposants, dans les appartenances secrètes, si vous le pouvez l’intégrité, la probité, le courage et surtout l’humilité. Ce sont là les seules vertus qu’attend le peuple pour accorder à nouveau, avec la générosité et le courage qu’on lui connaît, sa confiance à ses enfants qui voudraient bien le représenter et porter ses aspirations dans sa quête de liberté et de bienêtre pour le bénéfice de tous ses fils.

Toute autre expression intempestive de ces appartenances est un crime contre le peuple.

Jean-Baptiste K.



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