Dans un communiqué signé du président de la Conférence Episcopale du Togo (CET), Mgr Benoit ALOWONOU et rendu public le 6 avril dernier, la Conférence faisait part à l’opinion publique d’une rencontre initiée par les principaux responsables du Haut-Commissariat à la Réconciliation et à la Recherche de l’Unité Nationale (HCRRUN) avec des responsables religieux du Togo. A l’issue de ladite rencontre, elle a fait publier un communiqué reposant sur deux décisions très importantes : « …Nous vous invitons principalement à deux formes d’expression de cette prière : Des intentions de prière clairement formulées à ce sujet pendant le chemin de croix sous la bienveillance des curés et des autres prêtres ; La Prière pour la paix au Togo à la fin du Chemin de Croix ». Loin de s’élever contre cette décision des Pères Evêques, il y a lieu de faire un petit décryptage, au regard de la situation que vivent les populations togolaises puisque, de plus en plus, le sang innocent du citoyen togolais continue de couler de nos jours sur le Terre de Nos Aïeux. Les cas de : Mango,de  Gléï, d’Abobo-Zéglé et récemment d’Agoè-Zongo sont encore patents et vivaces dans les mémoires.

La Conférence Episcopale du Togo a-t-elle une idée réelle sur la liste des présumés bourreaux qui ont endeuillé la Nation togolaise puisque, l’Eglise qu’elle incarne  est une institution à qui les autorités togolaises peuvent au moins faire confiance à travers des confidences sur les noms de ces auteurs présumés de crime ? Cette interrogation mérite tout son sens quand on lit le communiqué de la CET qui indique que : «… Le HCRRUN, comme proposé dans les recommandations de la CVJR, a sollicité l’accompagnement des religieux dans ce processus d’apaisement et de réconciliation par une célébration de purification et de repentance sur toute l’étendue du territoire.» Aujourd’hui, tout le monde est d’avis que les victimes sont connues et les présumés bourreaux ? Peut-il y avoir une véritable réparation sans qu’on ne connaisse l’auteur des crimes commis ou sans que la vérité n’ait pas été dite ? Ou peut-on accorder du pardon à quelqu’un sans que l’offenseur ne reconnaisse avoir offensé mais continue d’offenser ? Peut-on aboutir à une vraie purification, telle que la décision ait été prise par les Evêques quand on continue par verser impunément le sang des citoyens innocents sur la Terre de nos Aïeux? Cette purification peut-elle être agrées par un Dieu JUSTE si l’innocent continue de faire couler son sang par le même assassin ? Ce sont autant d’interrogations qui méritent tout leur sens, au regard de ce qui se passe au Togo où la force brutale et l’assassinat de pauvres citoyens sont devenus des leitmotivs des premiers dirigeants. Le dernier en date, sans doute, est l’assassinat du chauffeur ALABI qui n’avait rien à se reprocher mais qui a été fauché par une balle assassine par un élément des Forces Armées Togolaises (FAT). Au moins, cette mort est signée : FAT.

Ce qui choque l’entendement humain à la lecture du communiqué de la CET, est que ce sont ces mêmes Evêques qui avaient adressé dans un passé récent, une lettre pastorale intitulée : «SOYONS RESPONSABLES DANS LA JUSTICE ET LA VERITE»  aux fils et filles ainsi qu’aux personnes de bonne volonté, les invitant à plus de justice et de vérité dans leurs actes. « … C'est en réalisant la justice que l'on tient les hommes ensemble. Ou plutôt, devrait-on dire plus modestement, qu'il s'agit de lutter contre l'injustice ; car, lorsque les hommes sont ensemble, l'injustice est toujours déjà là ; et ceci, pour des raisons qui trouvent leur racine dans le péché de l'homme. L'engagement pour la justice est donc le premier moyen, l'instrument le plus éminent dans la réalisation de toute politique », écrivaient les Evêques togolais dans leur dernière lettre pastorale. Où en sommes-nous aujourd’hui avec cette justice dont parlent les Prélats togolais qui veulent accompagner une réconciliation où personne ne reconnait avoir fait du tort à l’autre ? Le peuple connait-il la vérité sur les vrais bourreaux dont les actes l’ont endeuillé ? Les Evêques veulent-ils sauvés les bourreaux qui continuent de verser du sang innocent des citoyens ? Sont-ils obligés de se plier aux injonctions de ceux-là qui cautionnent la bêtise humaine ? Trop de sang innocent a coulé et continue de couler sur la Terre de nos Aïeux et il est inadmissible que des gens qui prétendent être « Hommes de Dieu » soient « complices » de ces faits odieux ou cherchent à dédouaner les auteurs de ces forfaits en initiant des séances de purification alors que le sang continue toujours de couler. Par vos silences ou refus de dire clairement la vérité aux bourreaux pourtant bien connus, vous serez aussi complices de ce sang innocent que versent des citoyens qui ne revendiquent que leurs droits.

Et sachez-le bien! Un pays qui tue pour un « oui » ou un « non » ses fils ou filles s’oppose gravement au commandement de Dieu qui interdit le meurtre ou l’homicide volontaire. Aussi de tels actes sont-ils des sources de malédiction et pour les auteurs et pour toute la société togolaise. Car Dieu nous dit dans sa Parole d’autorité : « Tu ne commettras pas de meurtre » (Ex. 20,13), puis Il déclare à nouveau : « Tu ne tueras pas l’innocent ni le juste » (Ex. 23,7) et par ailleurs, Il affirme : « Je demanderai compte du sang de chacun de vous (…). Car à l’image de Dieu l’homme a été fait » (Gn. 9, 5-6). Nous le croyons bien que vous maîtrisez bien ces passages de la Sainte Ecriture dont vous êtes les garants avant de vous accoquiner aux assassins du peuple pour un soit disant « purification » alors que le sang innocent continue par couler. Comment pouvez-vous accompagner des gens qui se donnent la mission cynique de saper l’histoire de tout un peuple, Prélats togolais ? Au sujet justement de l’affaire des incendies des marchés, puisqu’elle a fait aussi des pertes en vies humaines, vous écriviez toujours dans votre dernière lettre pastorale, conscients de l’injustice qui règne dans le pays et surtout de l’appareil judiciaire ce qui suit : «…Il est utile de rappeler les recommandations 9 et 10 de la Commission Vérité Justice et Réconciliation (CVJR) qui demandait avec insistance une réforme en profondeur du système judiciaire, garant des libertés individuelles et des droits fondamentaux, afin que se rétablisse la confiance entre les populations et l’appareil judiciaire. Dans ce sens, nous réitérons notre appel concernant les graves incendies des marchés de Kara et Lomé, et autres cas similaires, au sujet desquels continuent de circuler des hypothèses contradictoires. Le peuple a le droit de savoir ce qui s’est réellement passé pour que les responsabilités soient situées, les auteurs sanctionnés, et si leur culpabilité n’est pas établie, les personnes interpellées, relâchées. » Quelques mois plus tard, aucune de ces mesures n’a été prise en compte mais contre toute attente et à la surprise générale, vous décidez d’accompagner ces gens-là. Des morts, on continue d’en dénombrer parmi ses commerçantes et commerçants qui ont vu leurs étalages ravagés par un incendie que les autorités mêmes ont qualifié de « criminel ». A qui profite alors le crime et qui en sont leurs auteurs ? Mais alors, quel sera le sens spirituel des purifications que vous êtes prêts à faire le vendredi saint en accompagnant les membres perdus du HCRRUN, quand les lamentations des familles endeuillées parviennent encore et encore au Seigneur ? En tout cas, le sang innocent continue de couler sans que les bourreaux ne soient arrêtés et châtiés. Les cas patents sont ceux des populations de Mango, de Gléï, d’Abobo-Zéglé et d’Agoè-Zongo tout récemment. Tout compte fait : les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets et tant que les bourreaux ne sont pas connus et ne demanderont pas pardon, attendez-vous à l’appel chaque fois des membres du HCRRUN pour des purifications parce que les auteurs de ces crimes ne sont pas prêts à arrêter leurs forfaits.

D’ailleurs ils s’en moquent et circulent librement les rues du pays, narguent même les populations. En son temps, le deuxième larron, cloué sur la croix aux côtés de Jésus, a reconnu et demandé pardon avant que le Christ n’indique sur la croix : « Aujourd’hui même tu seras avec moi dans la gloire du Père ». Oui, c’est ce que vous nous apprenez quand on a péché : reconnaitre l’offense et demander pardon avant d’obtenir l’absolution. Ou bien ? Mais alors, dans ce cas précis, où sont les offenseurs chers Prélats? La banalisation du meurtre dans un peuple est une déviation éthico-morale très grave et inadmissible qui expose aux sanctions juridiques et divines. C’est pour cela que l’Eglise catholique que vous incarnez chers Prélats, enseigne que « la Vie humaine est sacrée (…) personne en aucune circonstance ne peut revendiquer pour soi le droit de détruire directement un être humain innocent » (Catéchisme de l’Eglise catholique n°2258). « Les bourreaux n’ont pas été sincères. Ce qui met à mal le processus de réconciliation qui devrait être basé sur la vérité. Tant que les auteurs ne feront pas preuve de contrition pour reconnaitre leur faute, il sera illusoire de penser réussir ce challenge », déclarait il y a quelques mois au cours d’une rencontre d’échanges avec les jeunes sur la doctrine sociale de l’Eglise à CAMAA, l’ancien président du Haut Conseil de la République (HCR), Mgr Philipe Fanoko KPODZRO.  

C’est d’ailleurs pour cela qu’il faut se demander : comment Dieu pourrait- il bâtir avec nous notre très chère patrie le Togo, quand la vie humaine et sa dignité semblent être régulièrement bafouées, violées et détruites sans raisons valables, par ceux-là mêmes qui ont reçu mission de l’Etat de nous protéger ? Malheureusement la conception que les principaux responsables de l’Eglise catholique du Togo ont pour l’appel du HCRRUN, cautionne l’impunité au Togo, si on s’en tient à leur dernière lettre pastorale : «SOYONS RESPONSABLES DANS LA JUSTICE ET LA VERITE», met à la mal la réconciliation faute de vérité des bourreaux présumés tout en renforçant malencontreusement leur position dans leurs basses besognes.  

Idelphonse AKPAKI


LA GAZETTE DU TOGO

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