« Qui sème la discorde, travaille pour la grange du diable » (Proverbe alsacien)

 

Le 13 janvier 2017, le président de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) et chef de file de l’opposition, Jean-Pierre Fabre avait adressé un courrier à Faure Gnassingbé, sollicitant une audience afin de discuter avec lui des voies de dialogue devant permettre de mettre en œuvre les réformes constitutionnelles et institutionnelles prescrites par l’Accord politique global (APG) de 2006. Mais près de trois mois après, la lettre est demeurée sans suite.

Chose curieuse, on apprend de sources proches du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) que le président national Me Yawovi Agboyibo va être reçu cette semaine par Faure Gnassingbé pour discuter réformes. C’est en prélude à cette rencontre annoncée que les responsables du parti des déshérités mènent une offensive médiatique fulgurante où Yawovi Agboyibo est présenté comme le seul à même de pouvoir faire plier Faure Gnassingbé en ce qui concerne la mise en œuvre des réformes politiques et institutionnelles. Interrogé sur la problématique des réformes sur la radio « Taxi Fm » jeudi, Jean Kissi, Secrétaire général du CAR, a d’abord reconnu le droit à tout acteur politique de rencontrer le pouvoir comme pour anticiper sur les événements avant de souligner que la bonne méthode à adopter face au régime en place n’est incarnée que par un seul homme, son mentor Yawovi Agboyibo et qui consiste à allier dialogue et pression. « C’est ce qui fait la différence entre 1991 avec Agboyibor et juin 2012 avec Zeus Ajavon et Jean-Pierre Fabre », a-t-il notamment déclaré.

C’est depuis 11 ans qu’on traine les pieds sur les réformes politiques, gage d’un Togo prospère et démocratique. Toutes les démarches et initiatives entreprises (projet de loi portant réformes, propositions de réformes initiées par l’opposition, manifestations de rue, appels des religieux et des missions diplomatiques accréditées dans notre pays etc.) sont restées vaines. Si Me Yawovi Agboyibo pourra arracher ces réformes, les Togolais ne pourront qu’applaudir même s’il est constant qu’il n’avait pas réussi cette mission quand il fut chef du gouvernement en 2006.

Mais cette politique à géométrie variable de Faure Gnassingbé viser encore à semer la division au sein de l’opposition. Les opposants prêtent déjà le flanc avec des attaques tous azimuts dirigées contre le leader de l’ANC. A la suite de Jean Kissi qui affirmait que « JeanPierre Fabre joue au jeu du pouvoir », c’est au tour d’Agbéyomé Kodjo de fustiger vertement le chef de file de l’opposition. Il a déclaré hier qu’il compte saisir le gouvernement sur l’inertie de ce dernier.

Diviser pour mieux régner, Gnassingbé Eyadema avait utilisé cette stratégie contre les opposants en les dressant les uns contre les autres. A la suite des élections législatives de 1994, remportées par l’opposition, Gnassingbé Eyadema avait préféré nommer à la primature Edem Kodjo dont le parti avait eu 7 députés au détriment de Yawovi Agboyibo (36 députés). Ce qui avait déclenché à l’époque une guerre fratricide entre les deux partis d’opposition en vue. Le meilleur moyen pour Eyadema d’avoir les mains libres pour gouverner, c’était de semer la discorde parmi ses opposants. Ce stratagème lui avait réussi.

Le même scénario a été réédité par Faure Gnassingbé en 2005 puis en 2006 quand il s’est agi de former un Gouvernement d’union nationale. Il avait nommé Yawovi Agboyibo Premier ministre, poste qu’avait réclamé l’UFC d’alors à l’issue de la conclusion de l’Accord politique global (APG). Et c’est toujours dans cette même dynamique que Faure Gnassingbé tente de s’inscrire aujourd’hui.

Médard AMETEPE

Liberté N° 2405


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