Les besoins en termes de Produits sanguins labiles (PSL) du Togo sont estimés à 70 000 poches. Or, le sang collecté dans les centres de transfusion sanguine  pour le compte de l’année 2015 n’avoisine que 45 000 poches, soit  64% de la  couverture des besoins. De fait, le nombre de  donneurs ne suit  pas la même courbe que  la demande qui ne cesse de croître chaque année. Conséquence : les centres nationaux de transfusion sanguine s’inquiètent et restent démunis pour combler le déficit.

Malgré les progrès spectaculaires de la science, la médecine n’est pas encore parvenue à fabriquer une substance capable de jouer les mêmes rôles physiologiques que le sang. Celui-ci  est un liquide complexe,  comportant des cellules vivantes qui jouent chacune une ou plusieurs fonctions vitales. D’après les chercheurs, la fabrication du sang artificiel n’est pas pour demain. Le  recours au don de sang a donc encore de beaux jours devant lui.

Chaque année, 20 à 40 000 de  patients  au Togo bénéficient de transfusions et de médicaments dérivés du sang, face à certaines maladies ou dans des cas d’accidents, très récurrents surtout pendant la période des fêtes de  fin d’année. C’est le Centre national de transfusion sanguine (CNTS) qui se charge de la collecte, du traitement et de la distribution des produits sanguins.

Créé par la Croix Rouge togolaise et ses partenaires allemands en février 1978, le CNTS est  inauguré le 1er septembre de la même année. C’est en octobre 1985 qu’il reviendra sous la responsabilité  de l’Etat mais toujours avec la Croix Rouge comme partenaire notamment pour la promotion du don de sang bénévole. Aujourd’hui, le Togo dispose de deux centres nationaux : l’un à Sokodé, l’autre à Lomé. 

 

A LA RECHERCHE DE « L’OR ROUGE.»

A Tokoin Doumasséssé, l’affluence quotidienne au CNTS renseigne à la fois sur le caractère vital du sang et sur sa rareté. Tous les jours, ce sont les mêmes scènes : plusieurs personnes, glacières à la main, attendent impatiemment  l’appel de leur nom synonyme de récupération du vital liquide rouge, le regard inquiet braqué sur la petite fenêtre du guichet.

«C’est mon père qui est hospitalisé. Il souffre de diabète couplé  d’anémie. Il est dans un état critique et nous avons  besoin d’urgence de sang. Depuis 5h du matin je suis ici. Pour l’instant, le sang ne serait pas disponible nous dit-on», confie en début d’après-midi  Kolani, l’air très  inquiet. Assana, une autre demandeuse venue d’Atakpamé faire hospitaliser un proche au CHU Campus, n’aura droit qu’à une poche sur les deux sollicitées.

 

Amère, elle déclare qu’elle reviendra le lendemain faire de nouveau la queue et tenter sa chance. Tout en dénonçant le  favoritisme qui règnerait dans le centre. «  J’étais là avant certaines personnes mais elles ont été servies prioritairement ; peut être parce qu’elles sont venues en voiture. Pourtant, nous avons les mêmes besoins » s’insurge –t-elle.

 

Quant à ce père dont l’enfant est en grand besoin de transfusion, il est venu proposer de donner son sang indiquant qu’ils sont tous les deux du même groupe sanguin, sans succès. Selon un responsable du centre,  les dons familiaux sont prohibés. De plus, l’anonymat dans la transfusion doit être total, tant le donneur que le receveur ne doit savoir de qui il reçoit ou à qui il est donneur.

 

UN GESTE ALTRUISTE QUI SAUVE LA VIE :

 

Selon M. Lochina FETEKE, directeur par intérim du CNTS Lomé,  le nombre de donneurs annuel  dans notre pays  est  d’environ  15 000 et la fréquence annuelle moyenne de dons par donneur est proche de deux.

Le plus important en transfusion, souligne-t-il,  est le nombre de dons de sang effectués dans l’année. En effet, on peut avoir un petit nombre de donneurs qui donnent régulièrement jusqu’à quatre fois par an par exemple ou inversement,  avoir un grand nombre de donneurs qui ne donnent qu’une fois par an ou même tous les deux ans. Le premier cas est plus intéressant parce qu’il donnera plus de poches dans l’année. « Néanmoins, l’idéal serait d’avoir un grand nombre de donneurs qui en plus, donnent régulièrement », souhaite M. FETEKE.

Le regret  est que les togolais ne sont pas disposés à donner quelques gouttes de leur sang pour sauver des vies, mais se précipitent vers les centres de transfusion sanguine en cas de besoins pour eux-mêmes ou pour leurs proches. « Le sang est un médicament spécial qui ne peut pas être fabriqué en quantité industrielle et entreposé sur de longues périodes pour répondre aux besoins quand ils se présenteront. Pour l’instant la seule manière de l’avoir c’est de le donner. Pour ne pas être surpris par la pénurie au moment où on en aura besoin,  chacun de nous doit avoir à cœur de faire ce geste qui sauve la vie » indique-t-il.

 

De fait,  au Togo  les CNTS  rencontrent des difficultés à convaincre la population au don de sang. Les rumeurs et les idées préconçues qui sont de nature à inhiber l’adhésion de la population sont les principaux  obstacles.  Ces freins au don de sang concernent la représentation culturelle du sang dans nos sociétés, la peur de certains de tomber malade en donnant leur  sang, celle  de connaître le résultat des analyses pratiquées sur le sang donné, l’idée erronée que le sang donné gratuitement est vendu par le CNTS.

Selon  M. FETEKE,  les acteurs du système transfusionnel travaillent quotidiennement à combattre ces craintes et à éclairer d’avantage le public. « Le don de sang ne peut en aucun cas affecter la santé d’un donneur étant donné qu’il est examiné par un médecin qui évalue son état de santé avant d’autoriser éventuellement qu’il donne le sang.

 

En outre, le matériel utilisé pour prélever le sang est stérile et à usage unique,  ce qui élimine les risques de contamination.  De même, le fait de connaître le résultat des tests est un avantage pour le donneur qui peut mieux prendre soin de sa santé. 

Par ailleurs,  le sang n’est pas vendu comme certains le soutiennent ; il est cédé après avoir été subventionné » rassure-t-il. 

Pour rappel, la norme de l’Organisation Mondiale de la Santé exige 12 poches de sang pour 1000 habitants.

Dans la zone UEMOA, à titre de comparaison avec le Togo,  les besoins en dons de sang  ne sont satisfaits qu’à 66% au Bénin, 62,03% en Côte d’Ivoire ou encore à  54,05% au Sénégal par exemple.

 

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