Le mot d'ordre de l'opposition togolaise

"MANIFESTATION DE L'OPPOSITION AU TOGO CHAQUE JOUR JUSQU'AU DEPART DE FAURE GNASSINGBE DU POUVOIR"

Faure pour ne pas mettre le Togo en feu et en sang il faut liberer l'iman

50 ANS C'EST TROP !!! FAURE MUST GO !!!

TOGOLAIS, PRENONS NOTRE DESTIN EN MAIN POUR NOTRE LIBERATION DES GNASSINGBE QUE DIEU SOIT AVEC LE PEUPLE TOGOLAIS
LA LUTTE CONTINUE ET NOUS VAINCRONS



«Peuple togolais, Il ne faut pas céder à l'intimidation»
Seulement la rue chasse les dictateurs au pouvoir , pas les urnes

"MANIFESTATION DE L'OPPOSITION AU TOGO CHAQUE JOUR JUSQU'AU DEPART DE FAURE GNASSINGBE"


Au sujet de mon père Ayéva Issifou Ouro Djobo, qui fut Chef Supérieur des Tem du 18 Avril 1949 au 30 Juin 1980, beaucoup d’encre a coulé ces derniers temps notamment au sujet de thèmes que nous allons aborder dans ce document. Au moment où il est devenu plus facile de parler au monde entier par le truchement de moyens de communication nouveaux, il serait souhaitable de trouver la formule qui nous permettrait de ne pas nous affronter sur ces canaux.

J’ai gardé le silence parce que, d’une part, je n’en ai rien su dans l’immédiat et de l’autre, quand je l’ai appris, j’ai fait preuve de patience comme les sages et Dieu nous le recommandent. (Sourate 5 ; Verset 43 « C’est un signe d’une grande sagesse que de faire preuve de patience et de clémence.»)

Puissent mes sœurs et frères, cousines et cousins, tantes etoncles de la famille Ayéva me pardonner pour cette réponse individuelle que j’aurais voulu collective, car l’unité est le mot que nous chérissons tous. Je les remercie sincèrement pour l’attitude de noblesse qu’ils ont su garder.
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Autant que faire se peut, nous voudrions faire ressortir ici les parts de paradoxe, d’exagération, de contradiction, de vérité, de mensonge et consorts… Il est facile voire même gratifiant de s’adresser au monde par le truchement des réseaux sociaux. Mais dans quelle optique le faisons-nous ? Toute la question se trouve là : parler uniquement pour prouver son existence, démentir avec ou sans preuve, accuser pour détruire l’autre, injurier gratuitement, apporter quelque chose de positif aux autres, s’enrichir ou consolider sa culture etc…

Par les temps qui courent, comment pouvons-vous convaincre notre auditoire lorsque nous parlons d’un thème sensible sans produire de preuve ? La preuve est fondamentale car elle atteste que l’accusation qu’on porte contre telle ou telle personne est valable. Utiliser une preuve qui ne cadre pas avec le sujet évoqué crée des embouteillages car la vraisemblance n’en est pas une. C’est de la manipulation par l’image, telle que constatée ici, que nous devrions tous proscrire de nos actes. En m’adressant essentiellement à mes compatriotes de Sokodé qui sont essentiellement musulmans, je ne peux que me référer au Coran dans la mesure où il manquera des pièces à conviction qui devraient confirmer mes dires : prière à mes autres frères togolais qui ne sont pas musulmans de bien vouloir me pardonner là-dessus. Donc si nous reconnaissons la valeur de ce Livre, nous devrions nous conformer à son contenu et dire la vérité. Le Coran nous invite, dans sa Sourate 4 ; Verset 135, à ce qui suit : «Ô vous qui croyez ! Observez la stricte vérité quand vous témoignez devant Dieu, fut-ce contre vous-même, vos parents ou vos proches…Mais si vous portez un faux témoignage…, sachez que Dieu est de tous vos actes parfaitement Informé ».

Un jour, je reçus un appel d’une mes sœurs qui me dit qu’un certain homme a manqué de respect à l’endroit de notre père et qu’il fut donc urgent de constituer un comité de travail en vue de l’élaboration d’une réplique appropriée à sa charge. Je ne demandai pas à connaître ni l’identité de ce monsieur, ni le fond du problème. Je l’interrompis tout simplement en lui disant : «À partir du moment que l’homme calomnie DIEU, son Créateur, injurie et attente à la vie de notre Prophète, qui donc est notre père pour qu’il ne subisse pas le même sort ? Personne n’échappe à cette situation en particulier ceux qui ont eu à occuper des postes de direction. Laisse donc cet homme à sa conscience car au Jour de la Résurrection, chacun récoltera ce qu’il a semé. » Sensible à ce que je lui ai dit, ma sœur a épousé mon point de vue et a laissé tomber ce cas.

Cette déclaration selon laquelle mon père «n’aurait pas dû chercher à devenir chef » :

C’est dans le cadre d’une réponse générale à tout ce qui été émis sur mon père que j’ai cherché récemment à savoir ce que monsieur en a dit. Il a dit que mon père n’aurait pas dû chercher à devenir chef….

À la mort du Chef Supérieur Baba Agnoro Tchagodomou à Kparatao, la moisson n’avait pas été bonne pour les notables du Canton de Komah dans leur consultation de l’oracle en vue de la désignation du candidat de leur localité. Personne n’a émergé de ces recherches jusqu’au jour où le nom de mon père fut proposé. Le résultat fut satisfaisant car selon cette méthode de recherche il ferait un bon chef. Il faut préciser ici que mon père, chauffeur de métier, était constamment sur les routes nationales. Il ne savait rien de ces tractations qui se tramaient autour de la chefferie supérieure des Tem.

Rentré de voyage, une première réunion a été organisée en présence de mon père pour lui dire ce qui était en cours. Il répondit franchement qu’il n’était pas du tout intéressé par ce projet. Il fit savoir à l’assistance que sa réponse est scellée car elle sera invariablement la même quel que soit le nombre de rencontres qui seront faites sur ce sujet.

Après 11 réunions toujours en présence de mon père qui est resté ferme sur sa position, on organisa une 12 ème. À cette occasion, il a fallu lui expliquer, pour la première fois, comment il est venu au monde et pourquoi son père qui était seulement le Chef du Canton de Komah lui a donné, à sa naissance, le surnom de : Ouroyoh (Petit Chef). Il porta ce surnom sans en connaître les raisons et les circonstances qui donnaient une explication à ce choix. Nous ne pouvons pas donner ici les détails aussi croustillants qu’invraisemblables, dignes d’un conte de fée, qui ont marqué sa venue au monde. Bref, il comprit de lui-même qu’il n’avait plus d’échappatoire et qu’il devait se préparer à aller à la rencontre de son destin.

Règlement de compte dans la grande mosquée de Sokodé.

Ici les faits remonteraient à une période proche de l’indépendance du Togo. Mon père aurait rendu un jugement au cours duquel il aurait injurié l’une des deux parties au procès. Mécontent de cette injure, ce monsieur se serait vengé à la grande mosquée de Sokodé, lors de la prière hebdomadaire de vendredi, en l’y agressant physiquement. Nous ne savons rien de cette histoire. Nous ne nions rien, non plus. Il faut seulement chercher à faire la part des choses et libérer nos consciences de tout acte répréhensible que nous aurions à regretter par la suite. Pourquoi après plus de 50 ans, réveiller cette affaire et proposer sur « Whatsapp » une somme d’argent à gagner par celui qui saurait donner le nom de l’agresseur de mon père dans la mosquée ? Quel lien y a-t-il entre lui et cet agresseur ?

Si j’avais eu l’occasion de le rencontrer avant son action sur « Whatsapp » contre mon père défunt, j’aurais tenté de l’en dissuader et attiré son attention sur ce que nous devrions pouvoir faire ensemble comme ceux qui ont choisi courageusement d’enterrer leur passé pour envisager le futur sous l’angle radieux de l’optimisme. Je n’aurais pas réagi comme lui pour trois raisons très simples :

1- La religion nous recommande le pardon si nous en sommes capables. Si nous ne le sommes pas, eh bien, se rendre justice peut comporter un risque qu’il faut prendre au sérieux avant de passer à l’action. En principe, la réplique doit être proportionnelle à l’agression subie. Le drame, c’est que nous ne savons pas toujours quantifier exactement la douleur à faire supporter par la partie fautive ! Si elle est disproportionnée, en moins ou en plus, l’auteur s’expose à une sanction dont je ne saurai déterminer la portée.

2- La mosquée étant la maison de Dieu, elle ne saurait jamais être le lieu choisi pour se quereller ou se venger. Lieu d’adoration et d’amour, la mosquée n’est nullement appropriée pour toute vengeance, quelle qu’elle soit. Violer ce lieu est un fait abhorré par les croyants et y agresser son chef de tribu est un autre à éviter (ainsi que dans notre vie de tous les jours). Donc, il y a lieu, ici, de parler de deux transgressions que son parent aurait pu éviter et c’est énorme !

Selon le Coran, voir la Sourate 72 ; Verset 18 : « En vérité, les mosquées sont la propriété exclusive de Dieu. N’y invoquez donc nul autre que Lui » ainsi que la Sourate 42 ; Versets 37 à 40 : « ceux qui évitent de commettre des péchés capitaux et des turpitudes, et qui savent pardonner quand ils sont en colère…ceux qui répondent à l’appel de leur Seigneur, observent la salat, se consultent entre eux au sujet de leurs affaires et qui, de ce que Nous leur avons donné, font des dépenses en œuvres charitables ;…ceux qui répondent à l’offense quand ils en sont victimes,…sans oublier que la riposte doit être égale à l’offense subie, et que celui qui pardonne et se montre conciliant trouvera sa récompense auprès du Seigneur, car Dieu n’aime pas les agresseurs. »

3- S’il en fait une nouvelle affaire aujourd’hui par le biais de «WhatsApp», c’est lui seul qui en porterait la responsabilité première au cas où cela engendrait une querelle généralisée. Son père s’est déjà fait justice donc personne ne devrait plus en reparler. Cette nouvelle action qui s’appuie sur celle qui est forclose peut avoir des conséquences regrettables si le ton monte de chaque côté, c’est-à-dire, du sien et du mien. L’escalade pourrait s’en suivre et cela n’honorerait aucun d’entre nous. Nous devons éviter cela à tout prix ! Nous donnons toujours l’exemple édifiant de l’Allemagne et de la France qui se sont engagées dans des guerres amplement destructrices mais qui ont eu à reconnaître que rien ne vaut la paix, source de tranquillité, de travail et de bonheur. Aujourd’hui, ces deux pays qui ont fait preuve de responsabilité et de paix, sont à la base de la création de l’Union Européenne…

Autour de la mort, notre société tribale, majoritairement musulmane, respecte les morts et est indulgente à leur égard. Lorsqu’un vivant accable le mort, ne trouvons-nous pas que ce combat est inégal et foncièrement irrespectueux ? Dieu nous invite à l’indulgence et au pardon. Nous croyons en DIEU et nous savons que c’est la voie de passage obligatoire que nous emprunterons tous un jour ou l’autre.

Que se trame-t-il concrètement ?

Le dernier chef du canton de Komah était un de mes oncles qui a survécu à mon père. Après sa mort, son poste est resté vacant de longues années jusqu’à la création récente du canton de Sokodé par M. Gilbert Bawara. L’on peut comprendre l’exaspération des autres vestibules de notre canton qui ont légitimement le droit de revendiquer et d’occuper ce poste vide. Les successeurs de mon père auraient dû éviter qu’une telle lacune puisse exister.

En 2012, j’avais sérieusement proposé que la famille Ayéva organisât une cérémonie «de dernière descente des couleurs » dans la cour du palais de mon père, une cérémonie à laquelle la population aurait été associée et ce, avec un programme digne de la circonstance qui s’imposait, historiquement et politiquement. Un document aurait été déposé par la suite au ministère de l’Intérieur. Il aurait été question de se démettre en 2013 de ses responsabilités dans la régence que ma famille assumait et devrait continuer à le faire normalement jusqu’à la désignation du nouveau Chef supérieur des Tem. La famille aurait rendu grâce à Dieu pour le long règne qu’elle a eu à assumer, de 1949 à 2013, soit un total de 64 ans. C’est largement suffisant pour une seule famille ! Il faut être reconnaissant et le dire plutôt que de prouver le contraire. La gloutonnerie n’est pas bonne conseillère.

À l’heure où j’écris ces lignes, le nouveau Chef supérieur n’est pas encore désigné mais la régence a été politiquement assommée avec interdiction définitive de monter les couleurs dans la cour de mon père.Fin de règne ! Pour moi personnellement, ce fut une délivrance, avec la seule différence que cette initiative, la famille Ayéva aurait dû la réaliser avant que des schémas politiques déplacés et obscènes ne vinssent ternir davantage le ciel de nos chefferies qui ont perdu leur éclat d’antan.

Le régime togolais n’est pas capable de faire amende honorable. L’on se rend compte qu’il veut faire disparaître tout ce qui est Ayéva. Peine perdue, car cette eau acidulée qu’on versera sur elle glisseracomme celle-ci le ferait sur le plumage d’un canard.

Henri IV avait dit:"dites au Pape de s'occuper des affaires du ciel, moi, je m'occuperai de celles de la terre." N'était-ce pas là le début de la laïcité? Mais au Togo, en 2017, nous en sommes encore loin car Henri IV est à 400 ans derrière nous.Quel retard !!!

Quelle honte que de sortir des tiroirs, en 2017, une photo de 1972 faite à l’occasion de l’inauguration du marché de Sokodé, de dire qu’elle est faite en 1967 et de créer des monstruosités tel que « le pacte mystique : 1967-2017, 50 ans de pouvoir » alors que le fait incriminé s’est déroulé en réalité en 1974 !!! D’où viendrait cette explosive alchimie ? Tout ceci démontre clairement que ceux qui à la base de ce dossier n’ont aucune maîtrise de ce qu’ils ont créé. Aucune ! Il fallait ne rien entreprendre.

Que répondre au sujet de la photo avec cette inscription ? : « 1967-2017 : Le pacte mystique a 50 ans.»

Nous venons de dire tout à l’heure qu’il n’est pas normal d’utiliser une photo faite en 1972 comme support explicatif ou pédagogique à un fait de 1967 appelé « pacte mystique » !!! Ce langage n’a aucun fondement logique ! Cette situation de contraste est saisissante et écœurante d’une part, pitoyable et irresponsable de l’autre :

-Saisissante et écœurante car 1967 n‘est pas 1972 et que cette photo ne saurait servir de miroir à une manifestation mystique qui lui est totalement étrangère.

-Pitoyable et irresponsable car l’échec de l’opposition ne saurait dépendre arbitrairement d’un pacte mystique dont on peine à donner une base car celle-ci n’existe nulle part.

Si mon père avait les prétendus pouvoirs qu’on lui a prêtés, pourquoi n’aurait-t-il pas transformé mystiquement l’un de ses fils « président du Togo ou du monde » ? Pourquoi serais-je aujourd’hui ici en Allemagne à subir cet exil dont je m’abstiens de décrire l’atrocité qui est mienne ?

Mon père rentra un jour de Lomé où il était allé assister à un Congrès du RPT. J’en ai perdu jusqu’au souvenir de l’année. Le lendemain matin deux de ses frères lui rendirent une visite de courtoisie. À mon réveil, je les trouvai ensemble assis dans la première cour intérieure de son palais. J’entendis mon père leur dire : « …après la réunion de Lomé, Eyadéma nous a invités au Camp militaire de Tokoin. En attendant de prendre place, des groupuscules se formèrent pour des échanges informels. Le mien était proche de celui du président. Subitement, j’entendis le président dire à ses partenaires occasionnels ou choisis : « Les Cotocolis, nous allons les faire souffrir. » Surpris d’entendre de tels propos, je me dirigeai, sans attendre, vers lui et lui demandai : « Monsieur le Président, qu’ont fait les Cotocolis pour que vous les fassiez souffrir ? ». Il répondit immédiatement : « Oh, non ! Chef, je blaguais, je blaguais… » Il nia les faits. À ce niveau de la relation des faits, mon père marqua un arrêt, fixa longuement le sol et dit : « Non, il ne blaguait pas du tout ».

Effectivement, les couleurs de la souffrance qui nous était promise commencèrent à faire leur surprenante apparition. Des années plus tard, des journaux de l’opposition traiteront Sokodé de ville oubliée, avec raison!

Croyez-vous qu’il aurait subi les humiliations qu’il a connues sous Eyadéma s’il avait de tels pouvoirs ? Nous avons retenu quelques cas, à savoir :

1-La réduction de la superficie de la préfecture de Tchaoudjo au profit de celle de Sotouboua qui était en gestation :

En colère devant cette cruelle injustice, mon père a quitté les lieux de discussion en disant aux militaires qui étaient chargés de la délimitation de la frontière entre Tchaoudjo et Sotouboua de « la situer dans sa cour royale, à Komah » et non à Kasséna comme ils l’avaient prévu depuis Lomé. Cette frontière sera finalement située à Aouda.

2- L’annonce à mon père par un envoyé spécial militaire de la construction d’une université à Sokodé :

Très content de ce projet, mon père décida, contrairement à ses habitudes, d’aller personnellement sur le terrain pour en indiquer l’emplacement. Une équipe de géomètres venue de Lomé se chargea du reste : le terrain choisi par mon père se situe dans les environs du Lycée Sainte-Marie. Mais quelques mois plus tard, mon père apprit la terrifiante nouvelle selon laquelle cette université de Sokodé était déjà en construction à Kara.

3- Faute de terres arables à Kara, le projet de plantation de canne à sucre, en vue d’une exploitation industrielle, fut installé à Abatchang (Tchaoudjo) :

Ce projet prit de l’essor et il permit d’absorber une partie des jeunes qui partirent nombreux vers Aguegue (Nigéria) à la recherche d’un emploi saisonnier. Mais lorsqu’il fut question de bâtir une usine de fabrication du sucre à côté de la plantation, Eyadéma exigea que cette dernière fût construite à Kara et que des véhicules en assurent le transport de la matière première. Les ingénieurs du consortium franco-allemand ne furent pas d’accord avec lui. Aussi Eyadéma leur donna-t-il 24 heures pour quitter le Togo ; ce qui fut fait. Les gesticulations de mon père n’y firent rien.

4- Le refus d’Eyadéma d’inaugurer en 1977le Centre hospitalier régional de Sokodé.

Comment un chef d’État pouvait-il se permettre de se comporter ainsi ? La santé de la population ne lui tenait-elle pas à cœur ? Il n’avait pas du tout voulu la construction de ce centre hospitalier à Sokodé.Dans la réalisation de ce projet, la France voulut remercier le Docteur Sidi Touré, originaire de Sokodé, pour les bons et loyaux services qu’il lui a rendus.

Sans la ténacité de l‘ambassadeur de ce pays qui a suivi régulièrement la construction de cet hôpital, eh bien, il ne serait jamais sorti de terre ! En compagnie du président Seyni Kountché du Niger, il fit son entrée dans l’enceinte de l’hôpital jusqu’au niveau du ruban symbolique, fit demi-tour sans couper ce dernier et remonta dans sa voiture avec son hôte pour continuer le programme de son séjour.Par la suite, il fera pire : il fera affecter dans cet hôpital un personnel médical acquis à sa cause pour la maltraitance des patients Tem. Ceci n’est pas un conte !!! Les populations de Sokodé peuvent témoigner aujourd’hui. Ceux qui ne croient pasn’ont qu’à tenter de les approcher pour en savoir davantage…Là mon père fut dans un état de déception et de colère indescriptible ! Son abattement moral fut illimité !

5-L’annulation de la visite officielle du président Kadaffi en 1977 à Sokodé etc… et ce, à trois ans de la mort de mon père.

Les populations de Tchaoudjo qui se préparaient depuis longtemps pour cette visite furent assommées d’apprendre cette nouvelle. Tout ceci fit qu’un jour mon père a laissé échapper : «il y a longtemps que j’aurais remis ma démission si à ce poste de responsabilité traditionnelle qui est le mien, cette initiative était admise.» Nous avions compris qu’il en avait marre. Les traumatismes qu’il avait subis étaient dévastateurs et nous nous gardons d’en donner le détail. S’il avait la puissance qu’on lui a prêtée, n’aurait-il pas fait que Eyadéma se soumisse à tous ses désirs sans broncher ? Certainement ! Aucune des autorités traditionnelles n’aimerait desservir son peuple qu’il est appelé à diriger et à servir. Toutes aimeraient laisser à la postérité une honorable marque de leur passage sur cette terre ! J’ai cru, pendant ma jeunesse, que les rapports entre mon père et Eyadéma étaient bons jusqu’à ce que je découvre leur triste réalité.

J’ai été témoin de certaines choses qui vous ôtent définitivement l’appétit de la politique et le goût du pouvoir.J’en étais arrivé à ce point et j’y tiens encore.En 2012, de retour du Togo on m’a posé la question suivante dans le cadre d’une interview : « Est-il vrai que vous étiez rentré pour recevoir la couronne royale puisque selon les informations en notre possession, vous êtes le fils du trône et que ce dernier est vide ? »

J’avais répondu : «Il s’est produit une fâcheuse coïncidence et comme vous le savez, les apparences sont souvent trompeuses ! Je suis arrivé au moment où piétinaient les négociations sur ce thème délicat. Et cela, je ne le savais pas avant mon arrivée à Sokodé. Non, cela ne m’intéresse nullement et je l’ai déjà fait savoir en 1986 lorsqu’il fut question de la désignation du successeur de mon père. Sur le même sujet, j’ai d’autres idées en tête que je partagerais fraternellement avec les différents protagonistes du trône de Tchaoudjo ».

Je voudrais faire part à l’opinion d’un point de vue que mon père a souvent défendu mais qui est resté lettre morte :

-Relancer son idée qui a porté sur la construction d’un palais de Chef supérieur sur un site défini par toutes les principautés : s’organiser, discuter, tomber d’accord et chercher les fonds. Ce temple du pouvoir traditionnel ferait la promotion de l’unité dans l’action et de l’action dans l’unité dont les dividendes ne se feront pas attendre longtemps.Les avantages de l’érection de ce centre de commandement sont nombreux…

Quand la chefferie traditionnelle perd de sa brillance ou de sa prestance et se mue en paillasson du pouvoir politique, il y a lieu de reconnaître que le pays n’a plus l’âme originelle qui faisait sa fierté. La corruption est devenue une gangrène qui s’est installée partout.

Sur la photo qui accompagne ma réponse, nous pouvons voir de gauche à droite : mon père Ayéva Issifou, Gnassingbé Eyadéma au centre et Agoroh Idrissou. Mais le responsable d’une vidéo diffusée un peu partout a affirmé qu’Agoroh était le policier de mon père. La tenue de Agoroh n’est pas du tout celle des policiers de mon père. Si l’informateur confond la tenue d’un chef et celle d’un policier, alors que les auditeurs s’avisent ! Où donc est la valeur de son discours ? Feu Agoroh est devenu, plus tard, le Chef du Canton de Kparatao. Cette méprise est curieuse car Agoroh a été populaire au Togo et spécialement à Sokodé. Le même personnage a prétendu qu’il était présent lors de la cérémonie qui aurait consisté à recouvrir Eyadéma d’un linceul blanc afin de le «charger» de substances magiques.

La simple question à poser à ce monsieur, c’est de savoir si c’est publiquement que se font de telles cérémonies qui exigent toujours la discrétion de haute volée ? Les connaisseurs en la matière disent que la discrétion est une condition capitale à remplir en priorité car c’est elle qui enveloppe la cérémonie de son voile.À quel endroit précis de la traversée de la ville de Sokodé, ce linceul blanc a-t-il été déployé sur la personne d’Eyadéma ? Comment est-ce possible alors qu’il était envahi par une foule des grands jours, déchaînée et tonitruante, mettant ainsi le service d’ordre à rude épreuve?C’est pitoyable de faire le connaisseur quand on brasse des faits mensongers !

À notre connaissance, la seule fois où une cérémonie pour la protection d’Eyadéma eut lieu, ce fut le 2 février 1974, c’est-à-dire lors de son retour triomphal après l’accident de Sarakawa du 24 Janvier 1974. Lors de ce « retour triomphal » du 2 Février 1974, partout où il est passé, de Pya à Lomé, il a été accueilli de façon exceptionnelle : libations par ici, sacrifices d’animaux par là…L’émotion était à son comble.

À l’endroit de nos frères musulmans

La vérité, c’est que c’est le 02 février 1974 qu’un bœuf a été immolé pour la protection d’Eyadéma mais pas « sous l’appellation de pacte de 50 ans » car nul ne saurait imposer à Dieu la durée exacte de ce que l’on lui demande. Il ne saurait avoir un tel pacte car c’est Dieu qui agrée ce qu’Il veut et fait ce qu’Il veut. À ce sujet, il n’y a pas eu de marchandage entre Eyadéma et mon père. Ce fut un comité de plusieurs personnes qui en ont décidé ainsi, unilatéralement : deux personnes seulement avaient manifesté leur opposition…prétextant qu’Eyadéma n’était pas musulman. L’Imam aurait-il commis un sacrilège en acceptant de faire une telle cérémonie ? Je ne veux pas rentrer dans une quelconque polémique. La polémique dans le domaine religieux peut durer éternellement. De toute manière, c’est Dieu qui agrée ou qui n’agrée pas. Jerry Rawlings, l’ancien président du Ghana, n’était pas musulman mais il avait surnommé le chapelet musulman « 99 bullets » et était très proche des marabouts ghanéens. Le Cheikh Ibrahim Niasse du Sénégal était invité par des têtes couronnées européennes et africaines, indépendamment de leur religion.

Étant donné qu’il n’y a pas eu de négociations ou de marchandages à ce sujet entre Eyadéma et ce groupe de Sokodé, d’où viendrait donc les « 50 ans » dont il est question ici ? En réalité, Eyadéma est resté président pendant 38 ans et non 50. Et personne à Sokodé n’a entendu parler d’une éventuelle dynastie qui viendrait prolonger le règne du président. Pour une opération mystique, ce fractionnement de 50 ans en 38 pour le père et 12 pour le fils est une vilaine invention qui n’honore pas ses auteurs !Personne n’a cette puissance de voyance. Ne nous laissons donc pas impressionner par cette cérémonie de Sokodé qui n’est qu’une goutte d’eau dans la mer de mysticisme dans laquelle Eyadéma a baigné toute sa vie. Il a sollicité toutes les puissances du monde qu’il a jugées importantes pour la consolidation de son pouvoir.Il a cumulé tout cet énorme capital mystique de peur que lorsque ses « protecteurs» le lâchent, il puisse s’en tirer, sans ressentir la moindre secousse.

J’attire particulièrement l’attention de l’auditoire sur le cas nigérian où plusieurs musulmans (civils et surtout officiers dont par exemple Tafawa Balewa, Yakubu Gowon , Murtala, Abacha, Bouhari…du Nord) ont eu à exercer les plus hautes fonctions de leur pays. Donc, n’oublions pas que le Nigéria regorge de marabouts dont l’opinion dit qu’ils sont de renommée internationale. Croyez-vous que ce beau monde n’a pas eu, à l’infini, recours au Coran pour rester au pouvoir et que ce dernier soit le plus étincelant de tous ? Combien de troupeaux de bœufs n’ont-ils pas immolés pour obtenir « le paradis politique qu’ils ont convoité » ? Non seulement, leur règne fut une suite de drames multicolores mais surtout aucun d’entre eux n’est resté au pouvoir 50 ans. Personne ! Rares sont ceux d’entre eux qui ont pu tenir 10 ans à ce poste !

Pour confirmer ce que je viens de dire, le Colonel Adéwi, en recevant un jour, une délégation de Sokodé, a déclaré: « Ce régime, pour le faire partir, ah ! Non ! C’est impossible ! Ce que nous avons fait ! Ce que nous avons fait ! Ah ! Non.... ». Il est resté évasif dans ces exclamations dont on peut comprendre que « le clan/nous» a fait le plein des apports mystiques susceptibles de lui garantir « l’éternité ». Pourquoi le dit-il aux gens de Sokodé ?Est-ce pour leur faire savoir que dans ce domaine, « le clan » a un registre ou mieux un arsenal bien fourni ? Est-ce aussi pour leur dire de ne jamais tenter de fomenter un coup d’État ? Aucune allusion au bœuf immolé en 1974 pour la protection d’Eyadéma n’a été faite! L’assurance qu’il arborait parut insolente. Si ce bœuf avait eu un effet positif aux yeux du « clan », n’aurait-t-il pas dit diplomatiquement: « grâce à vous aussi, vous de Sokodé, ce régime restera intouchable » ?

Il y a autre chose dont je ne voudrais pas parler ici : les sacrifices faits par le régime Eyadéma !Les spécialistes le diront un jour. Ceux qui ont donné leur accord -dont notre père- ne voulaient que du bien pour leur préfecture ; ils étaient convaincus qu’en procédant ainsi, Eyadéma ferait preuve de reconnaissance et qu’il aiderait à la modernisation de leur localité. Il a déjà fait construire le grand marché de Sokodé en 1972. Il se pourrait donc que d’autres projets suivent après.

Mais, ils récolteront une infinie déception...car ce marché reste le premier et le dernier projet qu’Eyadéma a réalisé dans leur ville. S’il avait fait preuve de reconnaissance à l’endroit de «ses bienfaiteurs mystiques», nous qui sommes leurs descendants, n’aurions-nous pas eu une pensée de gratitude et de fierté à leur endroit ? Ceux de la ville de Sokodé qui ont fait des chansons pour la gloire d’Eyadéma ou qui ont eu des initiatives similaires ont récolté la même déception.

Djobo Boukari auquel l’un « de nos informateurs ou lanceurs d’alerte » a fait allusion dans son exposé, a donné le meilleur de lui-même à la nation togolaise dont Eyadéma était le président mais il fut également déçu. Il prit courageusement ses distances à l’égard des trouillards ou poltrons qui ne font jamais ce qu’ils promettent de faire pour le bien-être de leurs concitoyens. En qualité de ministre des Finances,il démissionna et quitta le pays pour des cieux plus cléments. Lors d’un tournoi international de football, nous (Semassi F.C.) l’avions retrouvé en septembre 1980 à Libreville au Gabon où il assumait les fonctions de Représentant Permanent du PNUD.Combien de démissions y a-t-il eu au Togo depuis l’ère Eyadéma ? Combien ? Nous suffoquons encore quand nous nous remémorons la cruauté et la méchanceté de l’initiative qui mit brutalement fin à ses jours !!! Qui en étaient les commanditaires ? Koubadja I. Touré connut la même déception et s’éloigna d’Eyadéma. À l’aube, j’adresse chaque jour à Dieu, une prière de reconnaissance et de bénédiction au profit de ces deux grands patriotes qui nous manquent cruellement. Béni soit leur repos éternel !

Quant à la viande de ce bœuf dont quelqu’un a dit qu’ellea tué ceux qui l’ont consommée, cette allégation est très grave car elle accuse de meurtre tout ce groupe, à commencer par mon père… Peut-il jurer par Dieu que mon père était un criminel ?À son endroit, je lui adresse ce qui suit : Sourate 49 ; Verset 12 : « Ô croyants ! Evitez de trop conjecturer sur les autres, car il est des conjectures qui sont de vrais péchés. Ne vous épiez pas les uns les autres ! Ne médisez pas les uns les autres ! Lequel d’entre vous voudrait manger la chair de son frère mort ? Non ! Vous en auriez horreur ! Craignez donc Dieu ! Il est Indulgent et Miséricordieux ».

Ont-ils jamais appris que mon père ou ce groupe ait, une seule fois, organisé un sacrifice humain ? Jamais ! Au contraire il a, de concert avec d’autres autorités traditionnelles et religieuses, veillé à éloigner rituellement de son peuple épidémie, famine ou tout autre désastre dont ila été informé de l’imminence. Savez-vous ce qu’il disait avant de se prononcer sur les cas qu’il a eu à juger à sa cour? Il disait : « Je serai seul dans ma tombe pour répondre des faits et gestes devant Dieu, donc je dois dire la vérité. » Je ne voudrais pas prétendre que mon père était un saint car nul n’est parfait. Il a pu ou du se tromper dans l’énoncé de certains jugements qu’il a rendus. Rien n’est aussi difficile que de rendre justice ! Même les Chinois disent aujourd’hui de Mao qu’il a réalisé « 70% de bonnes choses et 30% de moins bonnes ». Ils évitent, par respect,d’utiliser le mot« mauvais » pour leur président. Ils ont une bonne opinion de leur dirigeant alors que la réalité est tout à fait autre chose, ne serait-ce que la « Révolution culturelle » qu’il a organisée par exemple !Ce fut un massacre ! Mon père a-t-il tué quelqu’un ? Qui donc ? Le Tem respecte beaucoup son chef et ce, à tous les échelons (quartiers, villages, cantons, chefferie supérieure). À l’endroit de mon père, les populations ont conservé, pendant 37 ans après, une idée chaleureuse et par moments,empreinte de nostalgie !

Il faut surtout reconnaitre que les faits dont nous parlons actuellement se sont déroulés à une époque où l’idéologie officielle du pays était celle du parti unique. De gré ou de force, les Togolais, d’une manière générale, ont prié pour la longévité d’Eyadéma et ce, pendant les mariages, les baptêmes, les funérailles, et à commencer par les fêtes officielles. Aurait-on déjà oublié cela ? Ceux qui croient au mysticisme qu’ils ont évoqué ne devraient pas l’oublier !!! Sait-on où sont allées ces tonnes de prières qui s’élevaient constamment dans le ciel ? Sont-ce elles, qui ontgénéré en partie la différence dans la conservation du pouvoir entre Eyadéma et ces présidents nigérians ? Dieu les aurait-t-Il agréées ? À chacun sa réponse.

Il serait important que nous posions des actes que notre conscience n’aura pas à nous reprocher et que, par la suite, nous soyons assaillis par d’intenses remords.Sourate 5 ; Verset 2 : «….Soyez plutôt solidaires dans la charité et la piété et non dans le péché ou l’agression : Craignez Dieu, car Dieu est Redoutable quand Il sévit. » Sourate 5 ; Verset 48 : «…Et si Dieu avait voulu, Il aurait fait de vous une seule et même communauté ; mais Il a voulu vous éprouver pour voir l’usage que chaque communauté ferait de ce qu’Il lui a donné. Rivalisez donc d’efforts dans l’accomplissement de bonnes œuvres, car c’est vers Dieu que vous ferez tous retour, et Il vous éclairera alors sur l’origine de vos disputes. » *

J’ai eu à assumer les fonctions d’entraîneur de Semassi F.C. Et un jour, en déplacement dans une ville dont je ne dévoile pas le nom, nous avons été choqués deremarquer que l’arbitre central puait l’alcool, que les 2 juges de touche étaient absents, que cet arbitre avait montré le carton rouge à l’un de mes joueurs alors que, dans une salle de classe, nous venions d’entamer les formalités de contrôle de licences, qu’il n’arriva pas à se baisser pour ramasser le sifflet qui lui avait échappé des mains, que pendant le match il transforma en but un tir qui a terminé sa course dans le champ de mais qui encerclait le demi-périmètre du terrain et qu’il prolongea indéfiniment le match dans l’espoir de nous faire encaisser un second but qui nous aurait mis à égalité parfaite 2-2 avec nos adversaires de ce jour-là. Ce fut un match infernal que nous avions remporté par 2 à 1. Pour nos 2 buts, l’arbitre était resté de marbre, inexpressif, sifflet muet…

Nous gagnions sur le terrain et on nous faisait perdre sur tapis vert… à tel point que nous fûmes à un doigt d’abandonner le championnat. Une fois, 6 joueurs excédés par ces injustices, vinrent me voir pour me dire qu’ils avaient pris la ferme décision de ne plus jouer. Nous avions occupé le vestibule qui était le point d’entrée du palais de mon père. Alors que nous étions en pleine discussion, mon père vint à passer et ayant remarqué que l’atmosphère n’était pas gaie, il s’arrêta et nous demanda : « que se passe-t-il mes enfants ? ». Notre gardien de but prit la parole et résuma la litanie de tricheries que nous avions connue. Mon père fixa le sol quelques instants,comme s’il entrait en communication avec l’invisible qui nous échappait, et il nous dit : « Écoutez-moi bien mes enfants, n’abandonnez jamais, terminez le championnat, est-ce compris? …» Et il continua son chemin vers la mosquée où il allait faire sa prière de 13 heures. J’ai les larmes aux yeux quand je me rappelle cet entretien pendant lequel nous avions tous exprimé du dégoût pour notre pays natal.Son intervention redonna courage à ces joueurs qui ne voulaient plus continuer le championnat de football.

En fait, il ne restait plus que 2 journées pour que le championnat prenne fin : jouer contre ASKO à Kara où cette équipe n’a jamais été battue et contre Agaza de Lomé à Sokodé ; Agaza viendrait directement à Sokodé en provenance de Dakar au Sénégal où cette équipe est allée battre l’A.S. Police de ladite ville par 5 à 1. Les deux matches qu’il nous restait à livrer étaient « compliqués » pour nous en raison du monde militaro-politique qui soutenait ces deux équipes. Ces deux équipes occupaient la première et la seconde place. Nous occupions la troisième place après notre dégringolade décidée dans des bureaux climatisés. Nous avions remporté les deux matches avec brio et nous fûmes champions malgré cette piraterie qu’on nous a opposée. Par la suite, le stade de Sokodé a été suspendu pour 2 ans ou 2 saisons à cause du comportement de quelques supporters de mon équipe. Nous recevions à Atakpamé. Cela nous a coûté cher financièrement mais pendant ces 2 années, nous étions de nouveau champions du Togo.

Et pour cette équipe, mon père m’a aidé, énormément ! Après sa mort, le régime chargea le préfet B. Yagninim de tout faire pour que Semassi changeât d’appellation ! Cette appellation gênait-t-elle quelqu’un? Mais à Sokodé tout le monde avait dit : « c’est le Chef Ayéva qui a donné ce nom à notre équipe de football. Maintenant qu’il n’est plus là, plus personne n’a le droit de le changer. » Devant l’étanchéité de la position des supporters, le régime baissa les bras et l’équipe a pu conserver son appellation jusqu’aujourd’hui. *

Nous savons tous que lorsque le chef de l’Etat effectuait une visite officielle dans une localité donnée de notre pays, il était de coutume que ses hôtes lui offrissent une tenue locale comme celle dont il est question aujourd’hui. Celle-ci symbolise encore de nos jours la tenue des Semassi, les redoutables guerriers dont la bravoure a marqué les peuples Tem et ceux des environs : les talismans et le sabre ont fait partie de leurs objets de guerre. Mais ceux qui décoraient l’habit et le chapeau offerts à Eyadéma étaient factices. La préparation, la confection et l’installation de ces talismans sur ces objets ont eu lieu chez un cordonnier de Sokodé, sous l’œil vigilant et rigoureux de deux gendarmes. En lieu et place des ingrédients utilisés habituellement pour fabriquer un vrai talisman, le cordonnier y a placé des morceaux de bambou. La méfiance du régime était absolue ! Le régime avait-il peur de quelque chose ?

Tant que l’opposition ne se débarrassera pas de cette attitude coupable qui fait d’elle un groupe de politiciens dont certains sont devenus achetables, moins que des tomates, eh bien, «les 50 ans d’un pacte mystique» seront peu de choses par rapport à la réalité plus décevante et plus cruelle encore qui nous attend. Ils occupent le terrain pour se remplir les poches au lieu de se battre pour libérer leur peuple. Le pacte mystique n’en est pour rien car il n’a jamais existé mais ce sont ces leaders corrompus qu’il faut renvoyer. *

Les différents intervenants ont, d’une manière ou de l’autre, fait allusion à l’exil politique de mon père au Ghana et ont fait porter la responsabilité à la Juvento. Il faut aujourd’hui rendre public ce que je n’ai jamais voulu dire. Après l’indépendance du Togo, le président Sylvanus Olympio avait misé sur mon père qui n’appartenait pas à son parti. Alors le président a envoyé nuitamment de l’argent à mon père et autre chose dont je ne voudrais pas donner la dénomination ici. Mais mon père a décliné poliment cette offre. Je suisfier de son acte et j’évite, comme lui, de me laisser acheter. Tous les enfants de mon père évitent cette voie. Il a souvent commencé ses discours officiels et privés par cette phrase qui symbolise aujourd’hui la maladie de la classe politique togolaise : «Puisse Dieu nous éloigner de la corruption des mœurs et de la gourmandise».

Voilà la raison pour laquelle le président Olympio décida de l’arrêter et de le jeter en prison. Mais la tentative d’arrestation ne fut pas fructueuse pour le régime Olympio. Après avoir encerclé le palais de mon père, les gendarmes, conduits par l’ancien ministre de la Santé,Alidou Djafalo -lieutenant à l’époque-, y firent leur entrée. Malgré mon jeune âge, j’en avais 9, j’ai assisté à des scènes qui auraient pu ébranler mon psychisme en gestation.Mû par quelque chose d’indéfinissable, je quittai la seconde cour intérieure du palais de mon père pour venir dans la première où étaient assis des marabouts qui attendaient de célébrer le baptême d’un jeune frère. En entrant dans cette cour, je vis, en face de moi,3 personnes, venir de l’extérieur, qui y firent aussi leur entrée. Simultanément, et à ma gauche, je vis arriver mon père venant de ses appartements. L’on aurait pu croire que nous nous étions donné rendez-vous à cet endroit précis où nous nous sommes rencontrés.

J’eus donc l’occasion d’entendrele Lieutenant Alidou Djafalo dire à mon père, en notre langue vernaculaire : « Chef, on nous a demandés de venir vous arrêter ». Mon père répliqua : « attendez-moi, j’arrive ». Je remarquai, malgré mon enfance, que Djafalo n’était pas content de la mission qu’il devait exécuter. Mon père rebroussa son chemin et rejoignit ses appartements. J’étais resté quelques minutes à côté du lieutenant Djafalo, ne sachant que faire. Nous avions évité le pire car, lorsque je me suis dirigé vers l’extérieur, je vis des gendarmes tenir une foule armée en respect devant la mosquée de mon père. Certainement que c’est l’encerclement du palais de mon père qui a éveillé l’attention de la population et celle-ci a dû lancer l’alerte.La méticuleuse fouille du palais de mon père en vue de le débusquer ne donna absolument rien.

Voilà comment mon père qui célébrait le baptême d’un petit frère ce jour-là, devait quitter sa terre natale pour se retrouver au Ghana où il fut accueilli par le président ghanéen Kwame Nkrumah. Mais il choisit de s’installer non pas à Accra mais à Kédjébi (et non à Hohoe comme quelqu’un l’a annoncé avec délectation). Mes frères et moi avions passé nos vacances de 1961 à Kédjébi auprès de notre père. Finalement, il est rentré à Lomé en 1963 après le coup d’Etat du 13 Janvier de la même année. Cet exil a laissé des traces indélébiles sur mon père.

Contrairement aux déclarations faites par les uns et par les autres, déclarations qui ne cadraient pas du tout avec la réalité, ce n’est pas Eyadéma qui a fait rentrer mon père de son exil politique. À cette époque-là, Eyadéma n‘était pas le Chef d’Etat-Major des FAT. Il y avait les Dadjo, les Bodjollé, les Assila etc…La consultation électorale du 5 mai 1963 a permis à Nicolas Grunitzky d’accéder à la magistrature suprême de notre pays. Il y restera jusqu’aux troubles de décembre 1966 mais il ne passera pas le cap du 13 janvier 1967, date à laquelle le Colonel Kléber Dadjo le renversa. Le 14 avril 1967, Eyadéma, à son tour, mit fin à l’éphémère présidence du Colonel Dadjo.

Le 24 avril 1967, soit 10 jours seulement après son arrivée au pouvoir, Eyadéma échappa au premier attentat pendant lequel le gendarme Norbert Bokobosso tira sur lui à bout portant mais il le rata. Était-ce «le gris-gris» de mon père qui l’aurait sauvé alors que les deux se connaissaient à peine ? Est-ce que c’est ce pacte qui fait que les Togolais n’arrivent pas à se débarrasser de ce régime ? C’est facile de répondre par l’affirmative pour ceux qui ne veulent pas libérer leur jugement mais il faut se demander pourquoi donc parviennent-ils toujours à voter contre ce régime ? Cela prouve que le pacte n’a en rien altéré leurs facultés de discernement et que le problème qui reste entier demeure celui de défendre les vrais résultats obtenus après le dépouillement des consultations électorales : c’est la preuve palpable que ce pacte est inexistant. Si nous étions persuadés que ce pacte était réel ou pouvait servir d’obstacle infranchissable à la démocratisation de notre pays, ne nous serions-nous pas préparés autrement avant de nous y engager ? De toute façon, nous aurions pris part à cette lutte comme nous l’avions fait et nous y tenons car nous ne nous sommes pas trompés de combat mais de chefs!

Aujourd’hui, nous sommes le 17 avril 2017

J’ai attendu patiemment et sciemment cette « historique » échéance du 17 avril 2017 qui marque les 50 ans + 3 jour du règne des Gnassingbé, c’est-à-dire, le début de la 51 ième année. En ce jour qui devrait être celui d’une révolution au Togo, celle d’une nouvelle aube, le soleil s’y est levé à l’est comme d’habitude et s’est couché à l’ouest avec Faure Gnassingbé à la tête du pays. Le pacte mystique n’a jamais existé.

* Chacun devrait pouvoir créer ce qu’il peut créer ou faire partie d’un réseau et profiterdes relations ainsi que des intersections qui s’offrent aujourd’hui sur le marché de l’innovation. Le nouveau type de citoyen qui sort du moule de la modernité doit participer à tout ce qui pourrait contribuer positivement à la construction d’un monde acceptable. Le changement vient des hommes. S’ils ne veulent pas changer, ils ne changeront jamais ! Le contenu de la Sourate 13 ; Verset 11 nous y invite : «… En vérité, Dieu ne modifie point l’état d’un peuple tant que les hommes qui le composent n’auront pas modifié ce qui est en eux-mêmes. Et quand Dieu décide de punir un peuple, nul ne peut L’en empêcher, car les hommes en dehors de Lui n’ont nul protecteur. »

Pour terminer, j’invite mes lecteurs à méditer ces paroles de l’Émir algérien Abdel Kader :

« Mon cœur est devenu capable de toutes ses formes : -Il est une pairie pour les gazelles, un couvent pour les moines (chrétiens), un temple pour les idolâtres et la Kaaba du pèlerin ». -Amour est ma religion et ma foi, quelque direction que prenne ma monture. »

L’Émir a sauvé de nombreux chrétiens de la mort tandis que d’autres musulmans les ont massacrés. Le monde ne serait-il pas un endroit merveilleux à vivre si les hommes pouvaient se comporter comme lui ?

Fait à Bremen (Allemagne), le 15 Avril 2017

Signé :
Souleymane (Sese-Rekuah) AYEVA
Ancien Entraîneur de Semassi Football Club de Sokodé.
Ancien Parlementaire --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


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