De retour d’un voyage au Togo en juin 2012, j’ai eu à subir une interview du MO5, laquelle a été publiée le jeudi 04 octobre 2012. Je parlais sommairement du problème de nos terres dans la région centrale. Lisez donc.
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…« MO5 – Votre ville natale SOKODE est l’une de certaines villes du Togo oubliées par le régime. Pourquoi ? En tant que natif et cadre de cette ville que pensez- vous faire pour le rayonnement de cette ville ?

AYEVA : Nous quittons donc la capitale pour aller dans les régions ! Oui, il faut reconnaitre que la majorité des villes togolaises ne gardent pas un bon souvenir du règne du RPT qui se poursuit encore avec une ténacité qui ne dit pas son nom. Le fait de Sokodé est plus symbolique ou plus frappant pour la simple raison qu’elle était la seconde capitale du Togo : elle perdit ce rang au profit de la ville de Lama-Kara devenue Kara et la langue vernaculaire utilisée à Sokodé fut supprimée d’antenne au profit du Kabye. Après, on prétend que le Tem est le Kabye mal parlé : insinuerait-on par là que les Tem devraient abandonner leur langue pour adopter celle dont l’élaboration ne souffrirait d’aucune tare ? Pour quelles raisons focalise t-on l’attention et la tension politiques sur des thèmes aussi archaïques qu’improductifs? Pour ‘’fabriquer’’ la région de la Kara qui faisait partie de la région centrale, on a soustrait une portion de territoire à la région mère dont le chef-lieu est Sokodé. Il fut une année où les natifs de Sokodé devaient se faire établir leur casier judiciaire à…Kara et où le lycée technique de Sokodé était condamné à être ‘’dépiécé’’ en vue de constituer le lycée technique de Pya. Heureusement, le régime s’est rendu compte du ridicule de ces mesures. Pourquoi cette exagération? La brochette des incongruités perpétrées contre Sokodé est énorme et nous ne citerons entre autres que :

-Pour dissoudre toute velléité des Tems de conserver leur homogénéité, il fallut, pour la pérennité de cet ignoble ostracisme, les disséminer. Ce qui frappe Sokodé, frappe aussi Bafilo où les exactions du régime sont légion. Ce fut ainsi que le canton de Kri-Kri qui est Tem est inclus dans la préfecture de Tchamba dont la principale langue est le Tchamba. La préfecture de Bafilo qui est Tem est intégrée dans la région de la Kara qui venait d’être créée et le canton de Fazao qui est Tem est noyé dans la préfecture de Sotouboua. L’on s’évertua alors à faire de Sotouboua une réserve Kabye sur les terres des Tem de Fazao. Plus tard la préfecture de Sotouboua accoucha de la sous-préfecture de Blitta qui deviendra à son tour une entité administrative où M. Faure Gnassingbé voudrait bâtir son projet de nouvelle capitale du Togo. Cet écartèlement de notre ethnie aux quatre points cardinaux a hypothéqué notre existence, a porté gravement atteinte par endroits à notre droit à disposer de nos terres et est en train de compromettre notre épanouissement.

-Pour vous rincer les yeux, allez voir dans quel état se trouve l’aviation de Sokodé.

-Un consortium franco-allemand voulait construire une raffinerie de sucre au Togo. Il lui fallut d’abord trouver les terres arables pour la canne à sucre. Ne les ayant pas trouvées dans la région de la Kara tel que le Général Eyadéma l’avait exigé, ce fut à Abatchang -à 50 km au sud-est de Sokodé- qu’elles furent localisées. Dans les années 70 le projet prit de l’importance et les jeunes de Sokodé furent recrutés pour cultiver et entretenir la canne à sucre......Mais au moment où l’usine devait être construite sur les lieux de l’exploitation, feu Eyadéma, ne tenant même pas compte des charges que l’opération qu’il voulait leur imposer allait entraîner, leur intima l’ordre de l’installer à Kara, soit à plus de 120 km des champs de canne à sucre. Les responsables du consortium s’y opposèrent en évoquant les charges onéreuses qui signeraient l’échec de leur investissement. En conséquence, il leur donna 24 h pour quitter le Togo si telle était leur décision finale. Ils sont repartis chez eux et les jeunes manœuvres ont le pris le chemin de Aguégué (Nigéria). Quelle mentalité de chef ! Les agoutis ont assiégé le champ et ont joui de la canne à sucre qui était initialement destinée à la consommation des Togolais.

-En 1980, l’Arabie Saoudite a annoncé l’embauche de 1.500 ouvriers et manœuvres de confession musulmane. À peine ces travailleurs ont-ils commencé à s’envoler vers La Mecque par contingents de 50, que le voyage du troisième fut annulé alors que leurs bagages étaient déjà enregistrées. Il restait encore 1400 places à pourvoir ! On avait peur que ces ouvriers développassent leur ville ou qu’ils revinssent de l’Arabie Saoudite avec des armes…Dans quel pays sommes-nous ?

-Les bourses d’études du troisième cycle sont interdites aux Tem ; les rares qui en ont eu accès ont dû passer par la Jrpt. Je me rappelle encore avec tristesse le cas de cet étudiant qui voulant continuer ses études du troisième cycle s’est battu ‘’comme un beau diable’’ pour obtenir cette possibilité auprès d’une institution européenne mais il lui fallait avoir le visa des Bourses et Stages. Il est venu m’annoncer la bonne nouvelle mais lorsqu’il est arrivé au service des Bourses et Stages, non seulement on lui a arraché le fruit de ses recherches personnelles mais aussi on lui a dit tout bêtement :’’ces bourses ne sont pas pour les Tem.’’ Il est décédé par la suite…etc…

Est-ce à dire que la situation continue d’évoluer négativement ?

AYEVA : Oui ! Le feu est à nos portes, la colonisation kabye, insidieuse, rampante est devenue dévorante et a fait du chemin dans notre région. Elle se poursuit inexorablement. Après la colonisation ‘’blanche’’ qui a pris théoriquement fin avec notre indépendance en 1960, nous subissons sournoisement celle des ‘’noirs’’ qui a voulu que Sokodé disparaisse en tant que ‘’la porte d’entrée de la partie septentrionale’’, que Sokodé disparaisse en tant que seconde capitale, et pire que Sokodé soit en train de disparaître en tant que chef-lieu de la région centrale au profit d’un schéma politique aberrant qui met Blitta au centre des préoccupations de M. Faure Gnassingbé.Si Blitta devenait la capitale du Togo, quel en serait le sort de Sokodé situé à 70 km de là ? Le vieux projet de faire de Kara la capitale du Togo sera déplacé à Blitta et ainsi les villes de Bafilo et de Sokodé, déjà ravalées au rang de villes vassales, se retrouveraient enfermées dans une coquille spéciale qui les isolera du reste du Togo. Sommes-nous devenus les Palestiniens du Togo ? Et pour quelles raisons ? Non, de grâce, il faut que cela prenne fin car, de toute façon, l’ingratitude n’est pas payante.

Je voudrais directement m’adresser aux rares Tem qui se targuent d’être les conseillers éclairés de M. Faure Gnassingbé et leur dire de réfléchir encore une fois sur la finalité que leur protégé destine à leur ville natale si elle en est encore la leur. Je sens qu’on nous a encerclés géographiquement pour nous dompter et mieux nous enterrer politiquement.

Pour le rayonnement de cette ville, j’en ai longuement discuté avec plusieurs natifs du milieu lors de mon dernier séjour au Togo pendant le second trimestre de 2012. Le silence que vous avez observé de ma part couvre ou comporte aussi cette activité car il nous faut réaliser un projet pour le développement de ce milieu haï par certains responsables politiques du pays.

Que pensez-vous faire pour éviter le chaos ?

AYEVA : Je ne déclare aucune guerre à qui ce soit mais je m’adresse aux responsables de cette idéologie nuisible à l’harmonie et à la fraternité qui doivent exister entre deux ethnies ! Je voudrais rappeler ce qui suit :

-Au moment où les Kabye étaient chassés de certaines localités méridionales de notre pays, ce fut l’ATLMC qui a, en 1991, dissuadé les populations de Sokodé qui étaient prêtes à faire de même. Au niveau du bureau de l’ATLMC, nous nous étions répartis le travail pour apporter notre message de paix dans quelques villages Kabye et à La Barrière, quartier de Sokodé majoritairement Kabye. Nous leur avions rappelél’hospitalité que nos aïeux ont accordée aux leurs en leur allouant des terres qui leur faisaient défaut dans leur région d’origine dominée par des montagnes. Le système de haine institué par feu Eyadéma contre les Tem avait indisposé les Kabye eux-mêmes. Mais comme c’était viscéral chez lui, il a persévéré et donné corps à ce funeste projet que les deux ethnies doivent maintenant, ou après, combattre ensemble pour préserver la paix sociale qui doit rester prioritaire. Des Kabye, convaincus du pacifisme de notre philosophie de lutte, nous ont alertés lorsque des attentats étaient montés contre nous.

-Si l’ATLMC n’avait pas pris des dispositions préventives pour mettre l’option guerrière de ses militants sous le paillasson, que se serait-il passé après la tuerie des Tem à Sotouboua le 30 mai 1992 puisque dans la nuit de ce jour il y avait des centaines de soldats, en tenue locale, infiltrés dans la ville de Sokodé et prêts à massacrer ? Mais le calme qui a prévalu cette nuit-là à Sokodé a contribué à déjouer ce pogrom programmé. Nous donnerons des détails un jour.

-Et même lorsqu’un ‘’mystérieux tract’’ a inondé les rues de Sokodé prétendant que les Tem chassaient les ‘’hommes du Sud’’, ce fut encore l’ATLMC qui intervint pour arrêter ce criminel projet, maintenir le statut quo et encourager le brassage des ethnies ainsi que leur coexistence pacifique.

Nous sommes prêts à travailler encore dans ce sens car l’innocence des uns -qu’on embarque dans un périple sans leur accord- et la victimisation des autres ne sont plus à prouver. En définitive, j’interpelle solennellement les responsables kabye férus d’injustice sociale qui persistent dans cette voie de revoir leur copie car les deux ethnies veulent vivre dans la paix ! »…Fin de l’interview sur le sujet du jour.

* * * Mon message

En avril 2017, soit 5 ans après cette interview, la situation qui prévaut confirme exactement les propos que j’avais tenus. Nos protégés sont devenus des monstres, des monstres qui sont prêts à nous dévorer, sans pitié aucune et sans remords aucun !La situation est très préoccupante.Quelle serait aujourd’hui la réaction des Kabye s’il se faisait que ce sont les Tem qui se comportaient ainsi dans la région de la Kara ?

À l’indépendance de notre pays, le Togo comptait quatre (4) régions administratives : 2 pour la partie méridionale et 2 pour la partie septentrionale. Mais par la suite, l’aménagement du territoire a jeté son dévolu sur la région centrale qui subit un dépeçage conforme à la vision tribaliste d’Éyadéma. Il s’est servi d’une partie pour créer la région de la Kara, la 5 ième du pays.

La sixième qui est en formation regroupera Sotouboua et Blitta peuplés de Kabye auxquels viendront s’ajouter éventuellement ceux de Lama-Tessi si ces derniers parvenaient à accéder à leur rêve d’obtenirun canton. Dans les projections que nous sommes amenés à faire, il faut inclure aussi cette possibilité pour un Kabye de devenir Chef supérieur des Tem à partir du moment qu’il a obtenu le titre de chef de Canton. Des textes taillés pour la circonstance serviront de rampe de guidage jusqu’à la consécration de leur poulain. Cet état de choses constituerait une réelle menace qui viserait l’extinction progressive de l’identité Tem.

Si le Togo disposait de 6 Régions dont 4 dans le Nord, serait-il encore normal de parler d’une distribution équilibrée et judicieuse de notre territoire ? L’allure diaboliqueà laquelle les autorités togolaises conduisent ce dossier montre clairement leur détermination à parvenir, coûte que coûte, à leur objectif final qui est de faire de nous leurs sujets sur les terres dont nous sommes les propriétaires. L’essentiel, c’est que le degré de notre engagement doit être maximal, c’est-à-dire que nous devons tout donner pour défendre et conserver nos terres. C’est notre droit et ce droit est inaliénable.

Les Kabye qui sont de bonne foi doivent être actifs, se mobiliser et s’opposer à ce que certains de leurs frères font contre les Tem dont le seul crime a été d’avoir fait preuve de solidarité à leur égard. Ceux qui sont nés des deux ethnies doivent être particulièrement actifs pour conjurer le mauvais sort ; cette situation les soumet déjà à un dramatique écartèlement de conscience qu’un être humain ne devrait jamais connaître.

Et si nous nous inscrivons encore dans notre altruisme et dans notre rêve d’un monde possiblement agréable pour tous, pourquoi des groupes mixtes Tem-Kabye ne sillonneraient-ils pas notre région pour délivrer le message de la vérité sur l’historique du peuplement de la région centrale ? Ceci n’aiderait-il pas à désamorcer la vilaine bombe de l’ingratitude que quelques égarés sont en train de fabriquer ?

Si M. Faure Gnassingbé privilégie la force au détriment de la raison et commet des meurtres contre les Tem pour leur inspirer la trouille, la débandade et la fuite, le jour viendra où les recours internationaux reconnaîtront la validité de cette plainte et le droit du peuple Tem à disposer des terres qu’il leur aurait volées. Je proposerais, si cela n’a pas encore été fait, ce qui suit :



1-Créer un comité de recherche, de recueil de documents et de preuves accréditant le fait strictementhumanitaire de la migration Kabye dans notre région.

2-En constituer un dossier pour porter plainte au plan international. Cette option pourrait nous aider à nous protéger contre la barbarie de l’envahisseur.
<3-Collecter des fonds, selon la capacité des contributeurs : pour un projet comme celui-ci,il nous en faut pour toutes les dépenses que nos démarches occasionneraient.

Fait à Bremen (Allemagne), le 14 avril 2017
Sese-Rekuah AYEVA
Ancien Parlementaire


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