Dans un pays où ils ont été bousculés par l'histoire récente, les Français n'affichent pas un moral à toute épreuve avant le scrutin majeur.

Alors que la France et la Côte d'Ivoire ont connu des périodes houleuses, ce dimanche, les Français de Côte d'Ivoire désigneront leur président. Mais tous n'iront pas aux urnes. Tendues sous Laurent Gbagbo, renouées sous Alassane Ouattara, les relations entre la France et la Côte d'Ivoire ont connu des périodes houleuses depuis le coup d'État du 24 décembre 1999 à la crise postélectorale de 2010. Au plus fort de la crise postélectorale notamment, des Français ont été pris pour cible. Depuis, si la situation s'est « normalisée », pour la communauté française installée dans le pays, soit 18 000 âmes, la vie a repris son cours mais les mauvais souvenirs n'ont pas été oubliés. D'autant qu'en janvier dernier, des émeutes, menées par les militaires, ont manqué de replonger le pays dans la crise. L'heure est donc à l'inquiétude. D'autant que chez les expatriés, un sentiment « d'abandon » a grandi.

« La France doit se réinventer, s'adapter à l'Afrique d'aujourd'hui... »

« Je fais partie de ceux qui n'ont jamais quitté ce pays, même quand tout allait mal, même quand on était menacés, indique un restaurateur français. Je n'ai jamais fermé, j'ai continué à faire travailler mes employés, à payer mes taxes. Mais cela, on a tendance à l'oublier… On n'est pas considéré, ni à Abidjan ni à Paris. Cela fait bien longtemps que personnellement je ne porte plus aucun espoir dans la classe politique. Ivoirienne comme française. » Ainsi, dimanche, quand les Français d'Abidjan se rendront aux urnes, lui restera au restaurant. « Voter, pour qui ? Pour quoi ? Que ce soit en Côte d'Ivoire ou ailleurs, les expatriés ne sont pas consultés. Et on voit le résultat : cela fait longtemps que la France ne brille plus en Afrique. Et qui paye les pots cassés ? Nous, forcément. »

Se remettre en selle

Allusion à l'affaiblissement de la présence française sur le plan économique en Côte d'Ivoire, avec 700 entreprises françaises implantées, la France n'est plus le premier investisseur étranger, supplanté par le Maroc, mais également sur la scène politique. « La France doit se réinventer, s'adapter à l'Afrique d'aujourd'hui, et faire le ménage chez elle avant de faire la morale sur ce qui se passe ailleurs. Moi, de toute façon, ça ne me concerne plus. Désormais ma vie est ici… »

Un air de blues

Manifestement, les Français de Côte d'Ivoire ont le blues. Le sentiment général est à la déception à l'endroit de la classe politique française qui n'a pas su trouver les réponses aux interrogations et aux angoisses des Français. De France. De Côte d'Ivoire encore moins. Catherine Delon, propriétaire de la librairie Delon à Bouaké (317 km d'Abidjan, Centre-Nord), a ainsi opté pour l'abstention. « Je ne vais pas voter parce que je suis déçue de cette classe politique. C'est bien la première fois que cela m'arrive, pourtant je serai bien à Abidjan dimanche mais je ne voterai pas », indique-t-elle, avant de se faire plus précise : « Je ne saurai pas pour qui voter en fait. » Cette fillonniste se sent trahie par son candidat. « Fillon m'a déçue », fait-elle savoir, et insiste pour dire qu'elle n'est pas pour Emmanuel Macron, « un produit de marketing ». Un dépit contre la classe politique qui prend sa source dans le manque d'alternatives crédibles face au quotidien des Français. « Ils nous ridiculisent tous », se désole-t-elle. Comme la libraire, Franck Illien est un « floating voter » qui n'a pas encore, à 48 heures du scrutin, fait son choix. « Je réfléchis encore. Cette classe politique ne parle pas des vrais problèmes et n'a pas de vraies solutions pour redresser la France », regrette-t-il.

Fillon : une certaine cote quand même

Ceci étant dit, il semblerait que François Fillon ait la ferveur de ceux qui vont, sans grand enthousiasme, se rendre toutefois aux urnes dimanche. Ainsi, Jacques Laîné, restaurateur, propriétaire du Jardin Gourmand à Marcory Zone 4C, souhaiterait voir François Fillon remporter le scrutin. Selon lui, « Fillon est seul à avoir un coffre politique ». Un choix par défaut donc plus que par conviction. Son compatriote, Claude Maisy, arrivé récemment en Côte d'Ivoire, il y a trois ans, lui aussi portera son choix sur Fillon. Sans certitude si ce n'est, pour le second tour, « ni Macron ni Le Pen », tranche-t-il. Déplorant leur manque d'intérêt pour l'Afrique pendant la campagne, ce dernier affiche une certaine assurance en ce qui concerne les relations franco-ivoiriennes, que lui juge « solides ». « La France et la Côte d'Ivoire se marient, divorcent, concluent des fiançailles à nouveau et sont main dans la main. » Un couple condamné à vivre ensemble selon Claude Maisy, lié par des intérêts communs. Une forme de continuité donc dans les relations entre la métropole et son ancienne colonie.

Un changement en vue ?

À l'inverse, Franck Illien, pour sa part, entrevoit un changement de la politique française, non pas seulement en Côte d'Ivoire mais sur l'Afrique en général. « Tout va dépendre de qui sortira des élections. En Afrique, il est temps que les choses changent. La France-Afrique doit prendre conscience des forces et des nouvelles réalités. J'ai été très sensible au discours de N'Djaména de Marine Le Pen, un discours empreint de respect réciproque », estime ce chef d'entreprise. Dimanche situera les uns et les autres.

LE POINT



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