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FAURE GNASSINGBE DOIT PARTIR

EMMANUEL MACRON SUR LA CRISE TOGOLAISE "La conservation longue du pouvoir sans processus électoraux, sans cadre de pluralisme n'est pas une bonne chose"


Depuis 2006 si Faure avait appliqué l’APG, on ne serait pas cette crise

Le général Philippe Mangou, ex-chef d’état-major des armées ivoiriennes lors de la crise post-électorale, s'est exprimé mardi devant la CPI au sujet des munitions entreposées à la présidence et de l'armement dont disposaient le Cecos et la Garde républicaine.

Au septième jour de son témoignage à la Cour pénale internationale (CPI), dans le procès de Laurent Gbagbo et de son bras droit Charles Blé Goudé, alors qu’il était face à Me Emmanuel Altit, avocat de la défense, ce mardi 3 septembre 2017, le général Philippe Mangou, ex-chef d’état-major des armées ivoiriennes est revenu sur l’armement parallèle du Centre de commandement des opérations de sécurité (Cecos, resté loyal à Gbagbo lors de la crise post-électorale) et de Bruno Dogbo Blé, commandant de la Garde républicaine, alors que l’armée régulière manquait de munitions. Il est aussi revenu sur les « consignes opérationnelles » de Gbagbo, ainsi que l’organisation de l’armée.

« Consignes opérationnelles » de Gbagbo

« Oui, le président nous donnait des consignes opérationnelles. Quand on lui faisait un compte rendu, c’est un compte rendu opérationnel. Et quand il nous donne une instruction, c’est une instruction qui va dans le sens opérationnel. Le terme libérer, c’est une mission, parce que dans l’armée, une mission s’exprime toujours par un verbe à l’infinitif. Donc, libérer l’axe, c’est une mission. Des exemples de missions qu’on nous donne : faites en sorte que les soldats ne sortent pas. Moi, je traduis cela en terme opérationnel. Je suis militaire. La meilleure manière pour que les gens ne sortent pas, c’est de mettre des postes de contrôle. Donc, ce sont des missions. C’est-à-dire que quand moi, je lui fais le compte-rendu et qu’il me répond, alors je traduis cela en actes opérationnels, qui sont souvent des missions pour moi.

 Il n’appartient pas au président de définir les détails

Le président a donné une instruction générale de libérer l’axe Abobo-N’dotré. Il n’y a pas eu de discussion opérationnelle. Opérationnelle, ça veut dire des détails de l’opération. Mais il donne l’instruction générale. C’est ça la question. Il n’appartient pas au président de définir les détails. Le président nous dit tout simplement de libérer. Moi qui suis militaire, les détails, c’est à mon niveau. Au niveau du chef d’état-major des armées, moi, quand j’appelle le général Détoh et je lui dis : reconnaître l’axe Maca-N’dotré, je ne lui donne aucun détail. Si Détoh veut passer par le Plateau pour aller à Yopougon avant de commencer sa « reco », moi l’essentiel est que la mission soit remplie. Je ne lui donne pas de détails. Parce que si je lui donne des détails, qu’il arrive sur le terrain et qu’il est confronté à des difficultés, il va me dire : mais c’est vous qui m’avez donné des détails.

Donc, à ce niveau, le président ne donne pas de détails. Lui, il me dit : libérer l’axe. Maintenant à moi de voir. Si je veux aller commencer par Abengourou pour libérer, ça c’est mon problème. Si je veux passer par la Maca, ça c’est mon problème, mais les détails de l’opération me reviennent. Et moi, quand je donne des instructions à Détoh, je n’entre pas dans les détails des opérations. Les détails des opérations reviennent à Détoh, tout comme Détoh, quand il donne des instructions à ses « enfants » – on appelle « enfants » ceux qui travaillent sur le terrain avec nous -, les détails de l’opération, c’est à leur niveau. On n’intervient pas là-bas. »

Déroulé des convocations à la présidence

« Généralement, les convocations sont faites par le président de la République. Quand il veut voir tous  les commandants des forces, il demande de les convoquer avec une heure bien précise. Nous arrivons à cette heure, le président nous reçoit. Il faut dire qu’il était jovial, le président. Avant la réunion, il nous raconte de petites blagues pour faire rire, pour détendre un peu l’atmosphère, ensuite, il me passe la parole pour que je fasse le point de la situation et je lui fais le point de la situation. Généralement, ceux qui m’accompagnent, ce sont les commandants des forces. Il y a le  commandant des forces terrestres, le commandant des forces aériennes, le commandant de la marine nationale, le directeur général de la Police, le général commandant la gendarmerie nationale, le général Guiai Bi Poin. Souvent Dogbo Blé y est associé, souvent aussi, son chef de sécurité, le colonel-major Ehouman. Il y a aussi son chef d’état-major particulier, le général Touvoly. Nous lui faisons le point de la situation qui prévaut. À l’issue, s’il a des directives à donner, il nous les donne. S’il n’a pas de directives, c’est souvent des mots d’encouragement. Voilà comment ça se passe ».

Manque de moyens

« Effectivement, quand la Côte d’Ivoire a été attaquée (en septembre 2002), nous sommes allés sur la ligne de front les mains nues, parce que j’ai eu à le souligner ici, la Côte d’Ivoire venait de connaitre plusieurs mutineries, un coup d’État, les armes étaient parties. Les véhicules étaient sur cale, les unités désorganisées quand nous sommes allés sur la ligne de front. Nous n’avions pas d’armes, je l’ai précisé ici, nous n’avions pas de munitions. Je me rappelle très bien, lorsque j’avais donné les premières instructions pour que nos éléments fassent mouvement sur Tiébissou, ils en étaient surpris. Mais c’est dans des véhicules de transport civil, qu’on appelle à Abidjan les ‘gbaka’, qu’ils ont embarqués et qui ne démarraient pas. Nos éléments ont refusé d’embarquer. J’ai dû effectuer le déplacement de Yamoussoukro jusqu’ à Tiébissou pour les convaincre d’embarquer.

Ils ont combattu dans la faim

Aujourd’hui, si le commandant B. Germain, s’il suit cette audience, et ses hommes qui étaient à Tiébissou, peuvent s’en rappeler : les hommes ont combattu dans la faim, c’est pour ça que je leur rends hommage pour ce qu’ils ont fait pour le pays, pour leur détermination, leur disponibilité, leur esprit de patriotisme. Ils ont combattu dans la faim, parce que je l’ai dit, lorsque vos hommes sont en train de faire mouvement vers la zone de déploiement, vous avez déjà, à partir d’Abidjan, des gens en train de faire la cuisine de sorte que quand vous arrivez à Tiébissou, les hommes prennent leur repas avant d’aller dans la zone de combat. Nos hommes avaient de l’argent sur eux, ils arrivaient dans des zones désertes et ils ne pouvaient pas manger. Donc, c’est vraiment dans des conditions extrêmement difficiles.

De plus, les véhicules qui ont été mis à leur disposition, les achats et autres ont été faits par des civils qui ont cru devoir prendre une arme sans sa munition, une munition sans son arme. Les engins, c’étaient des engins qui n’avaient pas la possibilité de se déplacer par leurs propres moyens pour aller sur le théâtre des opérations. Donc, c’était dur. Donc, pour en revenir à votre question, effectivement de 2002 jusqu’à 2010, les éléments étaient sur le terrain. Chacun était encore sur sa position, mais ils n’ont pas eu que ça à faire parce qu’il y a eu encore la sécurisation du processus électoral qui demandait 4 000 personnes. Lorsque nous sommes entrés dans l’application de l’Accord politique de Ouagadougou (signé entre Gbagbo et Soro, en 2007), il y a eu le déploiement de nos policiers et gendarmes pour combler le vide au niveau des différentes administrations qui ont été déployées. Donc, nos hommes ont été vraiment soumis à des opérations depuis 2002 sans discontinuer jusqu’à la fin de la crise post-électorale. »

« Dans le cadre du Centre de commandement intégré (CCI, unité mixte des ex-FDS et des ex-rebelles, NDLR), le général Soumaïla Bakayoko et moi avons tous deux été convoqués par le Président. D’ailleurs, j’ai fait des difficultés pour déployer mes hommes, dans le cadre du Centre de commandement intégré. Et le président nous a convoqués en présence du Premier ministre Soro. Quand on est arrivé, il a dit : « Mangou, vous déployez 4 000 hommes, Bakayoko, vous déployez 4 000 hommes ». Je n’ai pas posé la question à Bakayoko de savoir si ses 4000 hommes avaient des armes ou pas ».

« Je voudrais vous faire remarquer que nous ne disposions pas de matériel roulant. Et ce, depuis la sécurisation des audiences foraines. J’ai dû en parler au Président. Le président nous a remis 500 millions FCFA pour que nous puissions prendre des véhicules. Je suis passé par une amie qui avait une maison qui vendait des véhicules et qui nous a vendu des véhicules. On a pu avoir au total 10 véhicules pour faire le transport. C’était difficile du côté de Bakayoko. Quand j’ai fait le compte-rendu, le président m’a demandé de lui donner trois véhicules pour le transport de ses hommes. C’est ce que j’ai fait. À partir de là, on n’a plus eu de véhicules parce que personne ne voulait nous vendre de véhicules ».

Armement du Cecos

« J’ai fait ressortir que le Cecos était mieux armé que l’armée, la police et la gendarmerie. Quand vous prenez l’effectif du Cecos, le général Guiai Bi vous a donné 200 personnes, c’est inexact. J’ai eu à faire un point de la situation avec tous les commandants : le Cecos avait un effectif de 1 250 personnes pour lutter contre le grand banditisme. Le 2 juillet 2005, lorsque le Cecos a été créé, effectivement, on a prélevé des hommes et des armes dans les unités pour la constitution de base du Cecos. Mais après, le Cecos a eu des moyens, des mitrailleuses et autres. Nous, on ne pouvait pas fournir des mitrailleuses au Cecos parce  que nos hommes étaient sur le terrain. On en avait besoin donc on ne pouvait pas en fournir au Cecos. Mais je dis bien que le Cecos, au fil des missions, s’est armé. Le Cecos était très puissant avec des mitrailleuses lourdes et légères. Le Cecos avait les moyens qu’il fallait. Et lors de mon audition à la CPI, j’ai vu passer une note où les commandes d’armes ont été faites par le Cecos. Donc le Cecos était bien armé par rapport à l’armée, la gendarmerie et la police. Le commandant du Cecos prétend ne pas avoir d’effectifs et d’armes. Sa mission initiale, c’était la lutte contre le grand banditisme. »

La présidence, véritable poudrière

« Des caisses de munitions dans le sous-sol de la présidence, je crois qu’en ce moment, on devrait lever les bras au ciel pour remercier le Seigneur que le président Laurent Gbagbo se soit assis sur une véritable poudrière. Ce n’est pas normal que des caisses de munitions se trouvent là, au sous-sol du palais présidentiel. Je n’ai pas été informé de l’existence de ces munitions. Même si j’avais été informé, je ne pense pas que ce soit le lieu où on doit mettre les munitions (…) Pour qui connaît la présidence de la République, à Abidjan, derrière, il y a des rails qui passent. Quand vous êtes invité à une cérémonie et que le train passe, vous sentez légèrement le sol danser. Alors si on met ces munitions là, ça peut s’entrechoquer et provoquer une explosion non seulement du palais présidentiel, mais de tout le Plateau jusqu’à Treichville. On ne peut pas mettre des munitions dans le sous-sol du palais de la présidence. Dans n’importe quel pays, ça serait inadmissible et vraiment intolérable ».

Le mystère des munitions entreposées à la présidence

« Nous étions dans l’attente des munitions. Mais ces munitions ne sont jamais arrivées. Alors quand je vois ces lots de munitions à la présidence de la République, je me pose des questions. Je me dis en fin de compte que ces munitions sont arrivées et ils les ont gardées par devers eux à la présidence, sans en mettre une seule caisse à l’état-major. Parce que je me rappelle bien quand on était à court de munitions sur la ligne de front, j’ai rendu compte au président Laurent Gbagbo qu’on n’avait pas de munitions. Et il me demande à moi qui suis chef d’état-major des armées, d’aller voir Dogbo Blé pour avoir des munitions. Vous y comprenez quelque chose ?

C’étaient des armes que l’armée française utilisait. Des armes de 1936 qui n’avaient plus leurs munitions

Mais comme je suis dans le besoin, je suis quand même allé voir Dogbo Blé. Il m’a donné quinze caisses de munitions pour toute la ligne de front et pour Abidjan, 109 armes. C’étaient des armes que l’armée française utilisait. Des armes de 1936 qui n’avaient plus leurs munitions. Et ces armes on s’en sert dans les unités pour faire des exercices. À la gendarmerie, on en utilisait, la Garde républicaine (commandée par le général Dogbo Blé) en avait parce que dans le temps, c’était une milice du parti. Et il a donné ces armes sans munitions. C’était de la bêtise. Je signale également que le 30 mars, aux environs de 13 heures, Détoh et moi sommes déplacés de l’état-major pour aller voir Dogbo Blé, afin de savoir si les munitions sont arrivées. Il m’a dit non, que les munitions ne sont pas arrivées. Quand je découvre ces lots de munitions à la présidence, je me demande si c’est normal. »

Jeune Afrique



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